La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Stéphanie Loïk

Stéphanie Loïk - Critique sortie Théâtre
Crédit : DR

Publié le 10 mars 2010

L’homme plus grand que la guerre

Dans le cadre de la Trilogie Svetlana Alexievitch organisée au TQI pendant tout le mois de mars, Stéphanie Loïk met en scène deux de ses textes construits autour des témoignages de la guerre.

Comment avez-vous rencontré l’œuvre de Svetlana Alexievitch ?
Stéphanie Loïk : J’ai lu toute son œuvre, sauf Ensorcelés par la mort qu’on va avoir le bonheur de découvrir dans la mise en scène de Nicolas Struve dans le cadre de cette trilogie. Le travail mené sur son œuvre s’inscrit à la suite et dans l’axe de celui que je mène, depuis l’adaptation de Naître coupable, naître victime, de Peter Sichrovsky, sur le théâtre-récit. Il y a un an, Daniel Mesguich m’a proposée de faire un exercice au Conservatoire avec des jeunes gens qui connaissaient mal ou pas cette histoire. Daniel a été très content du travail mené avec les élèves car il était esthétique et chorégraphique mais aussi très politique puisque en écho avec des combats et des situations universelles. L’an prochain, je continuerai le travail avec les élèves de l’Epsad autour de La Supplication, tirée des récits de Tchernobyl. Mais ce que je voulais, et qu’Adel Hakim et Elisabeth Chailloux m’ont permis de faire, c’est de recréer ce travail sur La Guerre n’a pas un visage de femme et Les Cercueils de zinc avec une nouvelle distribution, composée aussi de jeunes gens ayant l’âge des témoins.
 
Comment adapter cette écriture pour la scène ?
S. L. : Il faut surtout conserver le fait qu’il n’y a aucun jugement dans son écriture. Elle a recueillis des milliers de témoignages dans lesquels elle a dû couper comme nous-mêmes avons dû couper pour permettre l’adaptation scénique. De plus, la parole qu’elle rapporte est une parole vivante qu’il faut tâcher de respecter sans la théâtraliser. J’ai travaillé sur les images d’archives que je voulais montrer aux élèves pour les nourrir car il est difficile de réussir à imaginer ce qu’ont été les événements rapportés par les témoignages. Je voulais aussi travailler avec des Russes pour mieux les faire voir et surtout faire chanter les acteurs car les Russes chantent tout le temps !
 
 « Svetlana Alexievitch cherche ce qu’il y a d’humain et d’inhumain en l’homme. »
 
Comment avez-vous choisi d’investir le plateau ?
S. L. : Il n’y a rien sur le plateau ! Je déteste ça ! La création sonore et musicale et les lumières sont très importantes et aident à raconter la guerre, mais ce qui est premier, c’est la parole. Le corps, la voix, l’interprétation suffisent. C’est d’ailleurs à partir de la voix qu’a travaillé Svetlana Alexievitch. Elle a rencontré tellement de gens que leurs visages ont fini par se brouiller. Elle travaille au magnétophone et c’est la voix qui constitue son matériau après plusieurs centaines d’interviews et des années d’enquête. Or, pour moi, la voix revêt la même importance. Nous restituons cette parole en français et j’ai choisi d’insérer beaucoup de chants qui constituent comme des soupirs dans une tragédie et autant de contrechamps pour la respiration.
 
Quoi de commun entre les deux guerres de ce diptyque ?
S. L. : Les deux spectacles racontent des guerres très différentes. Les atrocités sont les mêmes mais on a d’un côté une guerre gagnée, de l’autre une guerre perdue, d’un côté des récits de femmes, de l’autre des récits d’hommes. La grande guerre patriotique, qui est la guerre engagée contre les nazis après la rupture du pacte germano-soviétique, a envoyé tout le monde au front, même les femmes. La guerre d’Afghanistan a été un bourbier, une guerre vraiment sale : les cercueils des soldats étaient plombés pour n’être pas ouverts parce qu’à l’intérieur, ne se trouvaient souvent que des bouts de rien. Ce qui est très beau dans la mise en parallèle de ces deux textes, c’est que malgré la différence des témoignages et des faits historiques, se posent toujours les mêmes questions. Qu’est-ce qu’une vie ? Comment peut-on tuer et voir les amis être tués autour de soi ? Svetlana Alexievitch cherche ce qu’il y a d’humain et d’inhumain en l’homme et c’est cela qui m’intéresse.
 
Propos recueillis par Catherine Robert


Trilogie Svetlana Alexievitch, du 9 au 27 mars 2010. La Guerre n’a pas un visage de femme, mise en scène de Stéphanie Loïk. Les 9, 11, 13, 16, 18 et 20 mars : à 20h le mardi, 19h le jeudi et 17h le samedi. Les Cercueils de zinc, mise en scène de Stéphanie Loïk. Les 10, 12, 13, 17, 19 et 20 mars : à 20h. Ensorcelés par la mort, mise en scène de Nicolas Struve. Du 23 au 27 mars à 20h sauf le jeudi à 19h. Studio Casanova, 69, avenue Danielle-Casanova, 94200 Ivry-sur-Seine. Réservations au 01 43 90 11 11.

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