La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Sound of music

Sound of music - Critique sortie Théâtre Nanterre Théâtre Nanterre-Amandiers
Sound of music de Yan Duyvendak CR : Bastien Monachon

Théâtre des Amandiers / Christophe Fiat / mes Yan Duyvendak

Comédie musicale politique, Sound of music chante avec strass et paillettes l’histoire de notre monde qui brûle. Tout va très bien, madame la marquise.

Notre monde court à sa perte. A force, on se demande sur quel ton le dire. L’inconscience des politiques, les yeux fixés sur leurs maigres taux de croissance, est d’autant plus désespérante qu’elle reflète celle des peuples qui les élisent. Ce n’est pourtant pas faute de le rappeler. Notre maison brûle, comme le disait déjà Chirac au début du siècle, et quelques artistes de la scène vivante en font maintenant le sujet central de leur travail. Yan Duyvendak est de ceux-ci. Artiste venant de la performance et adepte des formes originales, il s’est dit que ce message aux allures apocalyptiques passerait peut-être mieux en chansons. Non sans ironie, bien sûr, il a choisi le genre de la comédie musicale, celui de l’entertainment par excellence, avec ses chorégraphies enchanteresses et ses mélodies joyeuses.  Pour cela, il a engagé douze danseurs venus de Broadway, la Mecque du genre, auxquels s’ajoutent à chaque représentation des professionnels et des élèves danseurs recrutés sur les lieux où le spectacle se produit. En ce soir de première au festival la Bâtie, beaucoup étaient de Genève.

All right, Good night  !

Christophe Fiat, auteur du livret, aurait pu choisir «  tout va très bien madame la marquise  ». Mais il a préféré, comme refrain entêtant que se doit de proposer toute comédie musicale qui se respecte, les derniers mots prononcés à la radio par le commandant de bord du Boeing 777 de la Malaysia Airlines, avant de s’abîmer en mer : «  All right, Good night  !  ». Bis repetita du Titanic qui coule en musique, ce gimmick ironique se transforme en mantra d’une société qui refuse de voir la catastrophe qui l’attend. Ce livret, traduit en anglais par Martin Striegel, tire un peu dans tous les sens au début. Suicides dans des entreprises de fabrication d’Iphone, automatisation des transactions boursières, creusement des inégalités, surpopulation…Tous les malheurs du monde semblent converger. Leur évocation sur la musique légère concoctée par Andrea Cera est grinçante bien sûr, mais la dénonciation n’en demeure pas moins frontale. Cela peut déranger, à tort ou à raison. Avec des chorégraphies mélangeant archétypes de mouvements d’ensemble et des passages plus décomposés, le spectacle peine un peu à décoller. Puis, dans un registre performatif, Yan Duyvendak intervient face public pour énoncer quelques conclusions glaçantes d’études sur le devenir de la planète. Les lumières s’éteignent dans la salle. La comédie musicale prend son envol, les thématiques se resserrent, le rythme s’accélère, jusqu’à finir dans un tableau éblouissant portant la griffe d’Olivier Dubois, chorégraphe de l’ensemble du spectacle. La foule des danseurs-chanteurs, garçons et filles jeunes, glamour, et gorgés d’énergie vitale, devient alors de plus en plus belle, de plus en plus envoûtante, tandis qu’elle danse en masse, et de toutes ses forces, au devant de sa mort prochaine. Le tragique est là, sous forme d’une beauté désespérante.

Eric Demey

A propos de l'événement

Sound of music
du Vendredi 2 octobre 2015 au Vendredi 9 octobre 2015
Théâtre Nanterre-Amandiers
7 Avenue Pablo Picasso, 92000 Nanterre, France

mardi, mercredi et vendredi à 20h30, jeudi à 19h30, samedi à 18h30, dimanche à 15h30. Tel : 01 46 14 10 10. Durée : 1h30


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