La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Classique / Opéra - Entretien / Richard Schmoucler

Sirba Octet / Du grand art

Sirba Octet / Du grand art - Critique sortie Classique / Opéra Paris Espace Pierre Cardin
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©Bernard Martinez

MUSIQUES KLEZMER ET TZIGANES / ESPACE CARDIN

Publié le 25 octobre 2015 - N° 237

Précision rythmique, virtuosité instrumentale, sophistication du son, en passant dans les doigts des musiciens classiques (tous ou presque membres de l’Orchestre de Paris) du Sirba Octet, les musiques tziganes ou klezmers se livrent soudain comme éclairées d’une lumière différente, taillées comme on le ferait d’un diamant. Ici la musique « populaire » s’affirme comme musique savante et parle à l’universel. Une approche à comparer à celle de Gidon Kremer jouant du Piazzolla. Le Sirba Octet signe avec Tantz !  son cinquième album (chez Dolce Vita), que le violoniste Richard Schmoucler, leader du Sirba, a conçu comme « un  voyage traversant les frontières et l’imagination », et s’installe pour cinq concerts exceptionnels à l’Espace Cardin.

Quelle est l’inspiration particulière de ce 5ème album ?

Richard Schmoucler : J’explore les musiques d’Europe de l’Est depuis les débuts du Sirba Octet. C’est  un répertoire fascinant qui fait aussi écho à mes racines. Pour ce nouvel opus intitulé Tantz !, j’ai choisi plus spécifiquement la thématique de la danse dans ses nombreuses variations. Cet héritage musical traditionnel est en effet joyeux, festif ou mélancolique et d’une richesse inépuisable de trésors mélodiques. Tantz ! en est un florilège dans lequel chaque danse correspond précisément à une fête, une tradition ou une symbolique, qui se perpétuent depuis des siècles grâce à l’itinérance des musiciens ou à un folklore.

« Un héritage musical traditionnel d’une richesse inépuisable de trésors mélodiques. »

Le Sirba Octet a la particularité d’explorer des musiques populaires de tradition orale en les faisant jouer par des interprètes classiques. Où passe selon vous, si elle existe, la frontière entre musique savante et musique populaire ? Ces musiques peuvent-elles devenir des musiques de répertoire ? 

R. S. : Selon moi, il n’y a pas de frontière entre différentes musiques, qu’elles soient de traditions orales ou écrites ; chacune parle de la même chose : la vie. La particularité du Sirba Octet est justement de créer des passerelles multiples entre une réécriture classique (de type musique de chambre ou symphonique) et un mode de jeu qui privilégie la liberté d’interprétation et d’improvisation propre à la musique klezmer et tzigane. Le terme de musique savante appartient à notre culture musicologique, les modes de jeu, liés à l’absence de partition, sont différents mais pas moins complexes dans la musique traditionnelle. En tant que musiciens classiques, nous apportons notre savoir-faire pour la transcription, l’orchestration, pour des instruments inhabituels dans ce répertoire. Cette musique populaire fait déjà partie d’une certaine manière au répertoire grâce à de nombreux compositeurs tels que Haydn, Mozart, Brahms ou encore Bartók, inspirés par des musiques traditionnelles ou folkloriques. Le Sirba Octet, en créant de nouvelles partitions, contribue à cette pérennisation puisque des élèves de conservatoire travaillent sur nos arrangements.

En ces temps tourmentés, où des réfugiés par centaines de milliers traversent l’Europe, mais aussi où l’antisémitisme ressurgit en France avec une intensité inquiétante,  ressentez-vous le sens et le poids émotionnel du Sirba Octet avec une acuité nouvelle ?

R. S. : L’histoire se répète malheureusement inlassablement, laissant des peuples dans une détresse telle qu’ils sont obligés de fuir leur patrie pour survivre. Ce fut l’histoire de mes grands-parents il y a presque cent ans et celle de centaines de milliers de personnes qui ont traversé l’Europe à pied pour arriver en France. En tant qu’artistes, il nous tient à cœur de nous réapproprier ces musiques dans une dimension universelle et sans frontières. Ce projet nous permet de perpétuer une mémoire vivante, de créer l’avenir en respectant des traditions ancestrales, d’abolir les frontières et les préjugés afin de lutter contre l’ignorance et la barbarie.

 

Propos recueillis par Jean-Luc Caradec

A propos de l'événement

Sirba Octet
du vendredi 20 novembre 2015 au dimanche 22 novembre 2015
Espace Pierre Cardin
1 Avenue Gabriel, 75008 Paris-8E-Arrondissement, France

(les 20 et 21 à 20h30, les 21 et 22 à 15h30, le 22 à 19h).Tél.  01 42 66 69 20.

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