La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien / Yvann Alexandre

Se méfier des eaux qui dorment, rencontre avec Yvann Alexandre

Se méfier des eaux qui dorment, rencontre avec Yvann Alexandre - Critique sortie Danse Paris Festival Faits D’Hiver - Théâtre de la Cité internationale
Crédit : FC Photography Yvann Alexandre ouvre le festival Faits d’Hiver avec sa toute nouvelle pièce Se méfier des eaux qui dorment

Théâtre de la Cité Internationale
Chorégraphie Yvann Alexandre

Publié le 15 décembre 2020 - N° 289

C’est une pièce aux multiples influences que crée ici Yvann Alexandre. A commencer par la première : le Lac des Cygnes, dont le chorégraphe s’empare avec passion.

Est-ce la première fois que vous vous confrontez à une pièce de répertoire ?

Yvann Alexandre : C’est la première fois, mais il y a très longtemps que je rêve à cette pièce. J’aime son aspect très blanc, sa difficulté technique, sa géométrie, ses corps enfermés, son histoire très violente… J’ai toujours eu la sensation qu’on me répondrait que c’était ringard, donc je me suis tu. Cela m’a donné beaucoup de temps et de liberté pour y travailler à ma façon, et comme personne ne le savait j’étais tranquille ! Il y a deux ans, j’ai senti que j’étais prêt, prêt à offrir un Lac des Cygnes qui serait ce qui fait vraiment signe pour moi.

« Prêt à offrir un Lac des Cygnes qui serait ce qui fait vraiment signe pour moi. »

La question du personnage n’est pas habituelle dans votre travail, comment l’avez-vous abordée ici ?

Y.A. : Sur les huit danseurs, il y a deux femmes,  qui pourraient être Odile et Odette, mais finalement ce n’est pas du tout ça qui se passe sur le plateau. Car ce que je bâtis, ce n’est que des illusions. C’est ainsi que je suis sorti de la question du personnage, pour explorer l’endroit de l’interprète. La pièce est construite d’une manière très précise, les danseurs traversent tous les personnages, c’est juste une question de temporalité. Ils s’auto-définissent en fonction de ce qu’ils pensent être, instinctivement, à ce moment-là. D’un côté j’avais Le Lac des cygnes au sens d’une pièce de répertoire : musique, personnages, livret, questions spatiales, références… De l’autre côté, je regardais l’Amazonie comme un espace de respiration, et en même temps un espace de résistance, un espace politique marqué par l’arrivée d’une période de gros incendies, et puis je regardais son fleuve, qui a la particularité d’être constitué par la rencontre de deux eaux : les eaux blanches et les eaux noires. Les images ont fusionné et il est devenu évident que mon cygne serait un fleuve. J’avais mon cygne blanc, mon cygne noir, et cette forêt omniprésente, ce rapport à la résistance, à la résilience, à l’affrontement. Nous avons rencontré Madeleine Leclair qui est anthropologue. Elle nous a fait découvrir l’impressionnante collection de sons de la forêt amazonienne du Musée d’Ethnographie de Genève. Cela crée un troisième espace sonore avec la musique de Tchaïkovsky et la composition de Jérémie Morizeau.

Quelle est la portée politique de cette pièce aux influences lointaines ?

Y.A. : Ce qui est très important dans cette version, c’est la question de la chair et du contact. Je voulais que le spectaculaire soit autant de l’ordre de l’intime que de l’ordre d’un corps de danseur qui porte une œuvre de répertoire. Donc, en plus de cette question de la place des femmes, de ces corps empêchés, de cette standardisation à l’endroit du géométrique, il existe un espace de distorsion au plateau, qui rappelle que quelles que soient les œuvres que l’on peut construire, elles viennent avec ce matériau qui est l’humain.

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Se méfier des eaux qui dorment
du Jeudi 14 janvier 2021 au Vendredi 15 janvier 2021
Festival Faits D’Hiver - Théâtre de la Cité internationale
17 boulevard Jourdan, 75014 Paris

à 20h30 dans le cadre du festival Faits d’hiver. Tél. : 01 43 13 50 50.


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