La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre

Saluts et applaudissements

Saluts et applaudissements - Critique sortie Théâtre

Riveneuve Editions, mars 2015.

Publié le 7 avril 2015

Un livre à saluer : Thierry de Carbonnières dissèque les arcanes et les contraintes du métier d’acteur. Une profession à hauts risques, sous l’emprise d’un réel cruel et portée par la force secrète d’un rêve… qui peut se tarir.

« Travailler, c’est être heureux, travailler, c’est être hors de l’angoisse. Ne pas travailler, c’est être dans le noir, suffoquer, en apnée, couler dans les profondeurs d’un lac gelé. » Et tandis que quelques dizaines tiennent le haut de l’affiche, des milliers galèrent et survivent, entre toutes sortes de petits rôles de plus en plus mal payés et d’oppressantes périodes de chômage. Comme beaucoup de ses copains, Victor est l’un de ceux-là. Sorti du Conservatoire, aujourd’hui quarante ans passés, il joue dans une pièce un rôle limité à quatre interventions et une seule réplique ; les rôles-titres du Roi Lear ou du Misanthrope sont bien loin, et pourtant il ne peut pas arrêter. Il espère encore, sans y croire…

« Profession fantôme »

Avec comme leitmotiv les rendez-vous au théâtre pour ce personnage figurant, Thierry de Carbonnières raconte le quotidien de Victor, ses doutes, ses peurs, son abattement, ses colères et ses espoirs qui demeurent malgré l’adversité. Contrairement à l’acteur en manque et en recherche, soumis à de cruels rites générant compromissions et humiliations, l’écriture est un exercice solitaire où seuls importent les mots les plus vrais et sincères possibles. Et là Thierry de Carbonnières tape juste : il ne cherche pas l’effet ou la joliesse, il ne se cache pas derrière de faux-semblants ou de grandes déclarations, il s’attache à dire la vérité quotidienne et ressentie du métier d’acteur qui jongle entre désir irraisonné et réel difficile. « Profession fantôme  », c’est difficile à expliquer… Rien n’est épargné de la cruauté du métier, raconté dans toutes ses dimensions : les relations aux autres surtout, la faim de reconnaissance, la culpabilité liée à l’échec, et, coincée entre l’obéissance à un metteur en scène tout-puissant et la volonté d’établir un rapport personnel et secret avec l’auteur et le spectateur, l’envie de jouer. « Jouer, c’est transgresser. » dit-il. Pour appréhender avec plus de lucidité l’âpreté du réel, à lire par les nombreux candidats à la profession, et par tous. Car nous les spectateurs sommes si admiratifs de cet extraordinaire jeu de la scène !

Agnès Santi

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