La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Boris Charmatz

Revisiter l’histoire de la danse

Revisiter l’histoire de la danse - Critique sortie Avignon / 2010

Publié le 10 juillet 2008

Le chorégraphe présente deux pièces dans lesquelles, sur un mode jubilatoire, il revisite l’histoire de la danse. Il sera artiste associé au Festival d’Avignon l’an prochain.

Vous présentez à Avignon une performance intitulée Flip Book. De quoi s’agit-il ?
Boris Charmatz : Flip Book est l’une des versions d’un projet qui part d’un livre de DavidVaughan : Merce Cunningham, un demi-siècle de danse. Le groupe de danseurs apprend l’ensemble des photos (300 environ) du livre, en quatre à cinq jours. Et nous fabriquons pendant cet apprentissage forcené une performance "sauvage", qui constitue une sorte de flip book chorégraphique. On croit voir 50 ans de danse défiler, mais on voit surtout les corps qui font le spectacle se confronter à leur propre histoire, dans la relation facile ou difficile qu’ils entretiennent avec ces pas, ces sauts, ces jambes tendues et levées haut… J’aime énormément l’idée que la danse de Cunningham peut être disséminée ainsi, travaillée de manière brute, sur un principe de positionnements instantanément réalisés et enchaînés. Comme s’il avait lui-même dessiné cette danse faite de tous ces instants que la photographie a arrêtés. Et j’aime cet écart entre une danse qui est à la fois "entièrement" cunninghamienne et totalement fictive, puisque bien sûr Cunningham n’a jamais chorégraphié cet enchaînement d’images.
 
« Nous nous intéressons aux trous noirs de la mémoire, aux endroits vides ou pas trop encombrés. »
 
Vous présentez également La Danseuse malade, avec Jeanne Balibar, à partir de textes de Tatsumi Hijikata, le fondateur du butoh… Quelle est votre relation au butoh ?
B. C. : Avec l’équipe du CCN de Rennes, nous essayons d’inventer un Musée de la danse… Et si nous ne voulons pas nous enfermer dans l’histoire de la danse, nous nous intéressons aux trous noirs de la mémoire, aux endroits vides ou pas trop encombrés, aux gestes "qui ne passent pas". Le butoh peut être un de ces espaces-là, un espace que ma génération a en partie ignoré – notamment parce que les textes d’Hijikata ne sont pas disponibles en France. Dans ces textes, il y a toute la puissance du butoh, toute la danse d’Hijikata. J’ai commencé à les lire en essayant de bien prendre conscience du fait que je n’étais pas du tout un danseur de butoh, que notre force à Jeanne et moi, c’était d’être de vrais bleus face à ces gestes déchirés. Mais ces textes nous sont tombés dessus, et ils m’ont entraîné au Japon, dans la rencontre, très forte, de Ko Murobushi, avec lequel j’ai eu la chance de faire quelques improvisations que je ne suis pas près d’oublier. Sans parler de la prochaine pièce de Xavier Le Roy, qui a en quelque sorte commencé par un e-mail autour du programme "rebutoh" du Musée de la danse… J’aime bien l’idée qu’un terme inventé, le rebutoh, donne lieu à de l’art bien réel. C’est à l’image du Musée de la danse : cela a l’air d’un canular, d’une boîte à fantasmes, mais c’est surtout un outil pour inventer un nouveau type d’espace public pour la danse, qui provoque très concrètement de l’art et de la pensée.
 
Propos recueillis par Marie Chavanieux


Festival d’Avignon Flip Book, conception Boris Charmatz, du 9 au 11 juillet 2010 à 18H (et à 15H le 11 juil.) au Gymnase du Lycée Mistral. Durée : 40 min. La Danseuse malade, chorégraphie Boris Charmatz, du 21 au 24 juillet 2010 à 22H au Gymnase Gérard-Philipe. Tél : 04 90 14 14 14.

A propos de l'événement



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