La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Philippe Avron

Montaigne : une filiation à transmettre

Montaigne : une filiation à transmettre - Critique sortie Avignon / 2010

Publié le 10 juillet 2008

« A sauts et à gambades », à l’instar du malicieux Montaigne en compagnie duquel il chemine dans ce nouveau spectacle, Philippe Avron, passeur d’humanité, pérégrine dans sa mémoire et en littérature.

Quels liens vous unissent à Avignon ?
Philippe Avron : Des attaches tellement longues ! J’y suis arrivé en 1960. J’y ai joué dans tous les lieux, tous les endroits. Je suis très attaché à ce festival. Avignon est une ville projetée, la Cour d’honneur a quelque chose de dressé, d’exigeant ! Ces papes devaient avoir une certaine idée de la grandeur ! Ils donnent un élan à tout ce qui s’y passe ! Cette année, je joue au Théâtre des Halles, dans le jardin de la Chapelle Saint-Claire, où Pétrarque a vu Laure la première fois : c’est formidable ! Alain Timar m’aide à la mise en scène. On se parle, on se voit ; il a le sens et le respect du sens et c’est ça que j’aime chez un metteur en scène. C’est quelqu’un qui met le sens de la pièce dans le corps de l’acteur. Vilar, Besson, Planchon vous aidaient ainsi à inventer le jeu à travers le sens profond de leur vision de l’auteur.
 
« J’espère que le public me suivra dans toutes ces métamorphoses. »
 
Pourquoi avoir choisi Montaigne comme guide de ce nouveau spectacle ?
P. A. : Mon père m’a laissé Les Essais en héritage. C’est un livre qu’il a eu et lu longtemps avant de m’avoir engendré car la signature sur la page de garde est celle d’un jeune homme. Le spectacle part de cette filiation-là et je retrouve mon père avec Montaigne. J’ai retrouvé des phrases soulignées dans le livre ; elles m’ont guidé. Je raconte la visite de la librairie avec mon père et à un moment, Montaigne est là. Il suffit de mettre la fraise ! Alors je suis Montaigne ; et en même temps je lui parle. Et on en vient à la « nihilité de l’humaine condition ». Je lui dis que ça, c’est de la philosophie. « Mais la philosophie, Philippe, dit-il, il n’y a rien de plus gai, de plus folâtre, de plus enjoué ! ». C’est alors que je retrouve mon prof de philo, déjà présent dans les précédents spectacles ! Et puis on revient à la nihilité de la condition humaine. Il faut qu’on y arrive ensemble, moi et le public !
 
Vous cheminez donc avec le public…
P. A. : J’ai besoin du public. « Soyez les ingénieux chimistes de nos métamorphoses », lui dit Shakespeare. Tant qu’il n’y a pas cette alchimie avec le public, on ne peut pas avancer. Il y a trois choses au théâtre, dit Brook : le public, les artistes et la troisième chose, la chose qui fait qu’on comprend ce qu’on dit. On sent tout de suite si un spectacle est écrit pour et avec le public même si le fond ne change pas et que les grands axes en sont fixés. Je commence avec mon père et cette plage d’enfance qui fut la mienne, vient ensuite moi qui m’épie de près, la fraise de Montaigne, la nihilité de l’humaine condition, la maison de Montaigne et sa bibliothèque où est question de La Boétie mais aussi des animaux. J’espère que le public me suivra dans toutes ces métamorphoses et que nous allons avancer ensemble dans la relation profonde qu’il y a entre nous.
 
Propos recueillis par Catherine Robert


Avignon Off. Montaigne, Shakespeare… et moi !, de et par Philippe Avron. Du 8 au 29 juillet 2010 à 19h30. Relâche le 18 juillet. Théâtre des Halles, 4, rue Noël-Biret. Réservations au 04 32 76 24 51. Trois DVD : Un Voyage au Québec et Avron et Evrard / L’Oizeau rare et Philippe Avron, passeur d’humanité / Les Films du Paradoxe. Disponibles sur www.loizorare.com

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