La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien DeLavallet Bidiefono

Questionner le rapport à la mort

Questionner le rapport à la mort - Critique sortie Avignon / 2013 Avignon Cloître des Célestins
© Patrick Fabre

Au-delà
Cloître des Célestins
Chorégraphie DeLaVallet Bidiefono

Si les morts revenaient, qu’auraient-ils à nous dire ? Le chorégraphe congolais DeLaVallet Bidiefono exorcise la violence qui l’entoure avec une création mêlant danse, musique et texte.

« J’ai envie de ramener tous les esprits du Congo pour les faire dialoguer avec les esprits du Cloître des Célestins. »

Il y a, au cœur de cette création, une collaboration avec Dieudonné Niangouna, artiste associé au Festival d’Avignon…

DeLaVallet Bidiefono : Je connais Dieudonné depuis longtemps, nous habitons tous les deux à Brazzaville. J’ai collaboré avec lui dès 2004, et nous nous sommes retrouvés très souvent depuis. J’avais vraiment envie d’avoir un texte à l’intérieur de ce nouveau projet, et je lui ai passé commande. Sans lui donner d’indications, mais plutôt dans la liberté de créer. Au final, cela ressemble à une fiction, mais cela ressemble surtout à Dieudonné : il est très cru, très violent dans sa façon d’écrire et cela m’intéressait beaucoup. Parallèlement, il m’a demandé de travailler la chorégraphie de sa propre création Shéda présentée également à Avignon.

Quelles ont été vos propres thématiques indépendamment du texte ?

D. B. : Au début, je suis parti sur la thématique de la mort. Récemment, un camp de munitions a explosé chez nous et a fait de nombreux morts. Comment, dans le monde, la mort est-elle considérée ? Comment fait-elle peur ? Ce n’est pas le même rapport en Occident que chez nous, où, du jour au lendemain, toute une église ou tout un marché peut s’effondrer… Quand une personne meurt ici, tout le quartier se mobilise pour participer au deuil avec ferveur, alors que lorsqu’elle se mourait, elle était totalement seule. Ce paradoxe fait qu’une personne vivante est moins importante qu’une personne morte. J’avais envie de parler de tout ça. C’est pour cela que la place du texte dans Au-delà est importante ; le corps bouge mais il est capital pour moi que les choses soient dites.

Vous parlez de violence dans les mots de Dieudonné, est-ce qu’elle se manifeste également dans les corps à travers votre danse ?

D. B. : Il y  a toujours eu de la violence dans mes pièces, car c’est ma vie, tout simplement. Au-delà, c’est aussi la violence des morts eux-mêmes. Les morts que je montre sont ceux qui reviennent, énervés, pour pointer du doigt ce qui s’est passé, pour comprendre pourquoi. L’action se passe en enfer, mais c’est aussi l’enfer que l’on a vécu, cette guerre qui nous traumatise jusqu’à aujourd’hui. Il est important pour les Congolais que l’on se libère de la peur et de cette violence. J’ai envie de ramener tous les esprits du Congo pour les faire dialoguer avec les esprits du Cloître des Célestins, pour affronter la réalité ensemble. La fiction et la réalité se croisent, j’ai toujours été dans la réalité, je suis quelqu’un qui raconte les choses qui se passent aujourd’hui, et ce qui est intéressant, c’est le frottement avec la fiction de Dieudonné.

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Au-delà
du Vendredi 19 juillet 2013 au Jeudi 25 juillet 2013
Cloître des Célestins
place des Corps-Saints, Avignon
Festival d’Avignon. Cloître des Célestins. Du 19 au 25 juillet 2013 à 22h, relâche le 21. Tel : 04 90 14 14 14. Durée estimée : 1h.
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