La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Que la noce commence

Que la noce commence - Critique sortie Théâtre auberviliers Théâtre de la Commune
© Brigitte Enguérand Les villageois résistants de Didier Bezace.

CRITIQUE
Théâtre de la Commune/Les Gémeaux
D’après Horatiu Malaele / adaptation et mes Didier Bezace

Didier Bezace met en scène une fable burlesque et émouvante, célébrant brillamment la résistance du peuple à l’oppression et le pouvoir du théâtre. 

Pour son dernier spectacle dans la grande salle en tant que directeur du Théâtre de la Commune, Didier Bezace frappe fort et démontre de façon éclatante toute l’étendue de son talent. Un talent qui célèbre le pouvoir de l’imaginaire et la magie artisanale du théâtre, un talent qui  inscrit le théâtre au cœur de notre humanité commune, un talent qui affirme la grandeur des petits et des humbles. Le théâtre ici résiste brillamment aux rouleaux compresseurs de la culture de masse et nous régale par une épatante conjonction entre la forme et le fond, exprimant leur ténacité singulière et leur poésie. Didier Bezace crée un théâtre de tréteaux, une formidable fable burlesque, cocasse et émouvante, à partir du film de Horatiu Malaele Au diable Staline, vive les mariés ! (joli titre !). Fable tragique fondée sur un fait divers… et cependant drôle, car la lutte des personnages contre l’adversité prend pour armes la farce, l’humour, le rire, le désir de jouir de la vie, une forme d’insouciance et de naïveté extrêmement touchantes.

Appétit de vivre et imagination

Tout commence par la rencontre d’une équipe de tournage en quête de faits étranges et d’un maire, qui soudain se souvient de son enfance… Le flashback nous transporte dans un village roumain dans les années cinquante, l’occupation russe n’entrave pas encore la force de vie bruyante et joyeuse qui irrigue le village, malgré la pauvreté. Principal souci : les jeunes Iancu et Mara n’arrêtent pas de faire l’amour dans un champ de blé, et leurs familles voudraient les marier. La date est fixée, mais la mort de Staline entraîne l’interdiction de toute réjouissance. Ils célébreront la noce en usant d’un stratagème que l’on ne dévoilera pas, et qui fait du repas de fête une scène d’anthologie vraiment comique. Seize excellents comédiens et deux musiciens dirigés de main de maître font vivre cette histoire mémorable et spectaculaire, où le théâtre joue à fond de ses effets et de sa remarquable proximité avec le spectateur, où le petit peuple met en échec l’oppresseur russe par son appétit de vivre et son imagination. Les dialogues savoureux, concoctés en collaboration avec Jean-Louis Benoit, participent à la réussite de cette oeuvre aussi réjouissante qu’un concert de Bregovic ou qu’un film néo-réaliste tel que Les Monstres de Risi. Etre un artiste, c’est aussi se soucier d’élévation des hommes, même les plus petits. Didier Bezace est un artiste ! Et mettre en scène, « c’est chercher constamment des raisons d’admirer et d’aimer. C’est vivre selon les règles du poète »  a dit Louis Jouvet. Une alchimie sidérante, surtout quand se crée comme ici un théâtre authentiquement populaire.

A propos de l'événement

Que la noce commence
du Jeudi 22 novembre 2012 au Dimanche 27 janvier 2013
Théâtre de la Commune
2 rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers
Théâtre de La Commune, 2 rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers. Du 22 novembre au 21 décembre, mardi et jeudi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, samedi à 18h, dimanche à 16h. Tél : 01 48 33 16 16.  Théâtre Les Gémeaux, 49 av Georges Clémenceau, 92330 Sceaux. Du 11 au 27 janvier à 20h45, sauf dimanche à 17h, relâche lundi et mardi. Tél : 01 46 61 36 67. Durée 2h30.
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