Théâtre - Critique

Providence

Marie-Christine Letort et Xavier Gallais dans Providence de Neil LaBute. Crédit : iFou pour le Pôle media

Théâtre Les Déchargeurs / de Neil LaBute / adaptation et mes Pierre Laville

On se souvient de Bash, il y a quinze ans, créé par Pierre Laville au Studio des Champs-Elysées. Le metteur en scène s’empare aujourd’hui d’une autre pièce de l’Américain Neil LaBute, au Théâtre Les Déchargeurs. Une histoire d’amour extra-conjugale interprétée par Marie-Christine Letort et Xavier Gallais.

En 2003, les trois tableaux de Bash étaient coupants comme des lames de couteaux. D’une noirceur absolue. Ils donnaient la parole à des femmes et des hommes venant témoigner du pire : des actes fatals ayant fait basculer leurs vies ordinaires dans l’irréparable. Si les circonstances qui servent de cadre à Providence (The Mercy Seat*) sont elles aussi d’une violence inouïe, l’histoire que nous raconte Neil LaBute dans cette pièce (le dramaturge est également réalisateur et scénariste de cinéma) est beaucoup plus banale. Il s’agit ni plus ni moins d’un drame bourgeois rejouant de façon pas toujours inspirée le dilemme auquel doit inévitablement faire face, un jour ou l’autre, l’homme adultère : choisir entre son épouse et sa maîtresse. Nous voilà ici ramenés en septembre 2001, à New York, au lendemain des attaques contre les tours jumelles du World Trade Center. La ville est plongée dans le chaos d’une catastrophe qui fera plus de 2700 « morts officiels », parmi lesquels près d’un millier de disparus dont les corps n’ont pas été retrouvés, ou n’ont pas pu être identifiés. C’est autour de ce point aveugle que prend forme l’intrigue de Providence.

Entre psychologie moralisante et goût du graveleux

Car au moment de l’attentat, l’homme dont il est question, Ben, n’était pas à son bureau, en train de travailler dans l’une des deux tours jumelles, mais chez sa maîtresse Abby, également sa supérieure hiérarchique. Il devrait être mort : il est vivant. Sa femme l’ignore. Elle tente désespérément de le joindre. Ben laisse son téléphone sonner et fait une offre à Abby : il lui propose de disparaître. De se laisser passer pour mort. De s’enfuir et de continuer sa vie avec elle, ailleurs, sous une autre identité. Abby, bien sûr, est soufflée par cette idée folle, partagée entre des sentiments contradictoires. S’en suit une heure dix de tergiversations et de règlements de compte, à l’occasion desquels les détails les plus intimes de leur relation sont étalés. Naviguant entre psychologie moralisante et goût du graveleux, ce face-à-face serait sans doute assez fastidieux sans l’art de Marie-Christine Letort et de Xavier Gallais. La comédienne se saisit de son rôle avec l’exigence d’une intensité profonde et retenue. Son partenaire, tout en élans physiques, est moins précis, mais tout aussi intéressant. Au sein d’un espace vide au centre duquel se détache un immanquable canapé, les deux interprètes nous sauvent de l’ennui. Qu’ils en soient remerciés.

 

Manuel Piolat Soleymat

 

* Pièce créée dans sa version originale en novembre 2002, à New York, dans une mise en scène de l’auteur réunissant Sigourney Weaver et Liev Schreiber.

A propos de l'événement

Providence
du Mardi 3 avril 2018 au Samedi 12 mai 2018
Théâtre Les Déchargeurs
3 rue des Déchargeurs, 75001 Paris

Salle Vicky Messica. Du mardi au samedi à 21h30. Durée de la représentation : 1h10. Tél. : 01 42 36 00 50. www.lesdechargeurs.fr


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