La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

PROJET LUCIOLE

PROJET LUCIOLE - Critique sortie Théâtre Paris Le Monfort Théâtre
Nicolas Bouchaud et Judith Henry en corps en corps avec la philosophie. Crédit photo : Mathilde Priolet

Le Monfort / Conception et mes Nicolas Truong / Reprise

Publié le 25 septembre 2014 - N° 224

Nicolas Bouchaud et Judith Henry partagent à plaisir la pensée philosophique et retoquent le cynisme désenchanté qui plombe l’espoir.

Ça fait longtemps qu’ils ricanent sans rire, les complices bon teint de “l’aquoibonisme“ et autres catastrophistes pantouflards. Ça fait longtemps aussi – avez-vous remarqué ? – que les lucioles disparaissent de la nuit… Pasolini déjà en 1975 disait, dans un article publié quelques semaines avant son assassinat, qu’elles mourraient sous l’effet délétère de la pollution, filant la métaphore d’une humanité lentement anéantie par la corruption de la modernité. Et vlan ! Voilà soudain que Benjamin, Le Brun, Rosset, Baudrillard, Debord, Rancière et Deleuze, entre autres, tombent en brigades serrées de gros volumes pour sauver symboliquement les coléoptères luminescents, assommant joyeusement de-ci de-là les renoncements bedonnants et quelques-unes des tristes saillies de la résignation ambiante. Affrontant les tumultes de l’époque moderne ou contemporaine, ces puissants artisans de la pensée mènent une critique radicale du temps présent, cherchant non seulement à penser le monde mais aussi à le transformer. C’est en tricotant leurs écrits, piochés par extraits, que Nicolas Truong, essayiste et journaliste, organisateur du Théâtre des Idées au Festival d’Avignon, a conçu ce réjouissant spectacle philosophique.

Contre la ritournelle de la décadence

Il trame bien des sujets, que Raoul Vaneigem embrasse dans l’élan d’une formule : « Comment ce qu’il y avait de passionnant dans la conscience d’un projet commun a-t-il pu se transformer en un malaise d’être ensemble ? ». On navigue au gré des principaux courants critiques de la modernité, abordant la responsabilité face à l’Histoire, la fin de l’imaginaire de la rupture, la société du spectacle, l’émancipation du spectateur, le désenchantement du présent ou encore l’aliénation. Sur le plateau, simplement dessiné par une table et une bibliothèque en suspens, Judith Henry et Nicolas Bouchaud portent la voix des philosophes. Ils dialoguent avec les textes, tour à tour débattent, s’interrogent, objectent ou acquiescent, plus qu’ils cherchent l’incarnation. Ils trouvent la distance juste, montrant combien l’exercice philosophique peut être stimulant, et comment ces pensées croisées au hasard des lectures résonnent entre elles, tracent en nous le chemin d’une réflexion par frottements, contradictions, émulations. Parce que c’est ainsi finalement qu’on se débrouille avec les questions de l’existence, qu’on fait avec ce petit malaise qui souvent monte au cœur face aux petites capitulations grinçant au loin du conscient. « Parce qu’il y a le désir, parce qu’il y a de l’absence dans la présence, du mort dans le vif ; en vérité, pourquoi ne pas philosopher ? » conclut Lyotard…

Gwénola David

A propos de l'événement

PROJET LUCIOLE
du Mardi 4 novembre 2014 au Samedi 22 novembre 2014
Le Monfort Théâtre
106 Rue Brancion, 75015 Paris, France

du mardi au samedi à 19h30 dans la Cabane. Tél : 01 56 08 33 88. Durée : 1h15.


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