La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Jean Lambert-wild

Pour un théâtre de l’exagération

Pour un théâtre de l’exagération - Critique sortie Avignon / 2010

Publié le 10 juillet 2008

Jean Lambert-wild, iconoclaste créateur d’images, inventeur de la langue et explorateur d’une scène en partage, est un des artistes les plus féconds et les plus originaux de sa génération. A ne pas rater !

Vous êtes un spectateur familier d’Avignon. Que venez-vous y chercher en tant qu’artiste ?
Jean Lambert-wild : Ce qui m’intéresse, c’est d’accompagner ce festival, de vivre cet espace de création et de partage. J’aime faire corps avec ce festival. J’y viens chaque année, en festivalier et j’assiste aux conférences de presse, aux débats, à tous les spectacles. Depuis 2002, j’ai tout vu ! Je n’y viens pas d’abord pour mon travail de directeur mais parce que j’aime ça. Avignon présente le paysage théâtral actuel, ses différentes familles, comment elles se répondent. C’est un moment important et ça n’est pas pour rien que certaines crises ont lieu là-bas. C’est électrique ! Je ne viens pas à Avignon pour la gloire ou pour les enjeux de célébrité : je viens parce que c’est l’occasion d’une belle histoire. Ma présence à Avignon a aussi du sens pour cette maison qu’est la Comédie de Caen. Cela nous permet de montrer le dynamisme de cette maison. Avignon est un lieu d’exposition. La création accompagne le projet artistique de Vincent et Hortense qui s’intéressent à ce qu’est le parcours d’un artiste. Je suis aussi très content de participer à cette édition où figurent des artistes dont j’aime le travail, comme Gisèle Vienne ou Josef Nadj. La discussion entre artistes est passionnante car elle permet de confronter nos conceptions du théâtre. Et puis, il ne faut pas oublier qu’à Avignon, il y a un autre artiste : ce vrai public qui est dans une vraie relation au théâtre !
 
« Le théâtre est le lieu d’une réalité amplifiée. »
 
Vous créez La Mort d’Adam à Avignon. Quelle est la place de cet opus dans votre œuvre ?
J. L.-w. : Je viens à Avignon présenter la suite de mon hypogée. La Mort d’Adam en est la deuxième mélopée. Hypogée est un terme qu’on utilise souvent en archéologie et qui désigne une tombe en cave sous certains monuments. Cet hypogée, commencé il y a vingt ans, est une sorte de tombeau qui est mon projet d’écriture. Il compte trois confessions, trois mélopées, trois épopées, deux exclusions, un dithyrambe, et trois-cent-vingt-six calentures. Cet hypogée déroule le fil d’une sorte de biographie fantasmée que je réinvente pour la rendre universelle. La Mort d’Adam parle d’un secret qui est celui de l’enfance. L’histoire se passe à l’Ile de la Réunion, où j’ai grandi, et parle de la vie et de la mort d’un taureau que mon père avait fait venir pour construire le troupeau dont il avait la charge. Ce n’est pas la vérité qui m’intéresse : la fable permet un traitement à part égale de l’imaginaire et du réel, le lien avec d’autres fables et les retrouvailles avec les grandes mythologies.
 
Un tel projet est-il la marque du théâtre dont vous êtes le héraut ?
J. L.-w. : Je pense que nous avons besoin de magie, de textes puissants qui nous emportent. Le théâtre est le lieu d’une réalité amplifiée : ce n’est pas un lieu de vie comme un autre. Je crois à la poésie, à la puissance du verbe. Souvent on m’accuse d’hermétisme, voire d’exagération ! Je l’assume ! Oui, j’exagère ! J’aime cet état quasi hypnotique de la langue, surtout si on y rajoute la puissance des images. Certains condamnent ce théâtre de la stupéfaction, lui préférant un théâtre de l’émancipation. Le théâtre de la stupéfaction, celui de Gordon Craig, d’Artaud, a toujours eu ses détracteurs. Sans doute parce qu’on le confond avec l’ignoble théâtre de la fascination contre lequel le théâtre de l’émancipation a voulu lutter. Mais c’est une erreur d’analyse. Je crois que le théâtre est fondamentalement le lieu d’une exagération et non pas celui des soupes servies ou des leçons récitées. Toutes les grandes victoires, tous les dépassements sont des exagérations !
 
Propos recueillis par Catherine Robert


 

Festival d’Avignon. La Mort d’Adam, de Jean Lambert-wild, Jean-Luc Therminarias, Thierry Collet et François Royet. Du 8 au 15 juillet. Tinel de la Chartreuse, Chartreuse de Villeneuve lez Avignon. Comment ai-je pu tenir là-dedans ? de Jean Lambert-wild et Stéphane Blanquet, d’après La Chèvre de monsieur Seguin d’Alphonse Daudet. Du 2 au 25 juillet. Gymnase du lycée Mistral. Tél : 04 90 14 14 14.

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