Avec « Graces » Silivia Gribauldi déconstruit avec humour les stéréotypes de genre
La facétieuse Silivia Gribauldi s’empare de [...]
Douze ans après ses débuts de chorégraphe, Olivier Dubois revient à ce qui constitue le cœur battant de son parcours : l’expérience d’un corps traversé par l’histoire de la danse.
Créé en 2018, Pour sortir au jour apparaît aujourd’hui comme un geste rare, à la fois introspectif, joueur et profondément vertigineux. Dubois y convoque non seulement les œuvres qu’il a interprétées, mais aussi les strates de mémoire, de désir et d’usure qui composent la vie d’un danseur. La scène s’ouvre sur une silhouette impeccable : costume sombre, champagne à la main, cigarette offerte comme un signe de connivence. L’allure évoque un maître de cérémonie, mais très vite, le vernis se fissure. Le dispositif, fondé sur un tirage au sort confié à trois spectateurs, installe un climat d’incertitude jubilatoire. Un titre, une musique, un vêtement à abandonner : chaque combinaison déclenche une plongée dans un fragment de carrière, un éclat de geste, une incarnation ressuscitée. Ce qui frappe d’abord, c’est la virtuosité de Dubois. Sa capacité à traverser des écritures radicalement différentes relève d’une maîtrise presque insolente. Le corps se souvient, se réadapte, se cabre, se déploie.
Puissance d’incarnation
Rien ne semble lui résister : ni les contradictions stylistiques, ni les exigences techniques, ni les changements de registre. Mais cette démonstration n’a rien d’un catalogue. Elle devient un voyage dans la matière même du mouvement, dans ce que le corps retient malgré lui, dans ce qu’il perd et retrouve. À mesure que les variations s’enchaînent, une autre dimension affleure : celle d’une masculinité en déséquilibre. Le costume tombe pièce après pièce, la façade se délite, la puissance se fragilise. Dubois joue de cette tension avec une intelligence rare, oscillant entre assurance théâtrale et vulnérabilité nue. Le corps devient un territoire mouvant, traversé par toutes les identités qu’il a portées, jusqu’à brouiller les frontières du genre et de la représentation. Un spectacle d’une intensité rare, où l’interprète se révèle dans toute sa complexité : monumental, fragile, joueur, inclassable. Une célébration du corps comme archive vivante, toujours prête à se réinventer.
Agnès Izrine
Jeudi 12 à 19h30, vendredi 13 à 20h30, samedi 14 à 18h. Durée : 1h30. Tél. 01 30 96 99 00
La facétieuse Silivia Gribauldi s’empare de [...]