La Terrasse

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Théâtre - Critique

Portrait d’une femme

Portrait d’une femme - Critique sortie Théâtre
© Marion Duhamel légende : Des fragments de la vie de Sophie (Jocelyne Desverchère) se font entendre au fil de son implacable procès pour meurtre.

Publié le 10 mars 2010

Anne-Marie Lazarini, familière de l’œuvre de Michel Vinaver, s’empare de sa pièce la plus énigmatique. Avec rigueur, finesse et sens du détail mais sans vraiment laisser résonner la partition.

Personnage central : Sophie Auzanneau, directement inspirée de Pauline Dubuisson, qui a assassiné son amant et camarade de faculté en 1951, dont le procès en 1953 déchaîna les foules (le film de Clouzot La Vérité se fonde sur ce fait divers). Michel Vinaver avait alors conservé les comptes-rendus judiciaires du journal Le Monde, pensant y revenir un jour. Trente ans plus tard, il a rédigé cette pièce qui intègre des citations des articles, auxquelles s’ajoute un portrait plus intime, entre bribes de vie familiale et vie amoureuse. Comme souvent chez Michel Vinaver, le texte se lit comme un puzzle fragmentaire, dont les morceaux ne sont pas faits pour s’assembler mais plutôt pour se heurter, s’entremêler, résonner entre eux de façon souvent ironique et contradictoire. Plus que toute autre pièce, Portrait d’une femme demeure énigmatique, souligne au contraire la qualité insaisissable de Sophie Auzanneau. Et la pièce reste d’autant plus mystérieuse que l’auteur ne veut pas la voir jouer à Paris, pour des raisons personnelles. Voilà pourquoi la pièce ne sera pas programmée au Théâtre Artistic Athévains, lieu de création de qualité et convivial où Anne-Marie Lazarini, complice artistique du dramaturge, a déjà mis en scène Les Travaux et les jours et où l’auteur a mis en scène A la Renverse.

L’arrogance de l’appareil judiciaire

D’emblée, la scénographie de François Cabanat laisse voir la multiplicité des lieux sur un sol quadrillé (chambre, maison familiale, café…), que surplombe de toute son arrogance l’appareil judiciaire, telle une arène où sont juchés de toute leur hauteur et assurance le Président du tribunal, l’avocat général et l’avocat de la partie civile. L’avocat de Sophie est relégué en bas, tandis que le public a vocation à devenir juré. Une date s’affiche : 1953. Tous les acteurs sont déjà là lorsque le public s’installe, et tous restent sur le plateau, comme des particules atomisées dessinant un tableau mouvant. Sophie demeure réfractaire, extérieure à la machine judiciaire qui s’emballe. L’un des enjeux consiste à rendre compte du mystère Auzanneau sur la scène, de la résistance passive de cette jeune femme jugée amorale au fil d’un implacable et retentissant procès, alors même que les mots tissent une succession d’instantanés si brefs qu’ils rendent impossible tout portrait fiable de la meurtrière. Il s’agit de donner à entendre et à voir toute la complexité d’une âme humaine à la dérive, sans que jamais le mobile ne soit réellement clair. Mais malgré la qualité des comédiens, la mise en scène n’évite pas une impression de didactisme, et la polyphonie résonne plutôt comme un ensemble de juxtapositions éclatées manquant d’étrangeté et de résonance.

Agnès Santi


Portrait d’une femme de Michel Vinaver, mise en scène Anne-Marie Lazarini, du 17 au 20 mars au Théâtre des Deux Rives à Rouen. Du 23 mars au 1er avril au Théâtre de l’Ouest Parisien à Boulogne, tél : 01 46 03 60 44. Du 6 au 10 avril à La Criée à Marseille. Du 20 au 30 avril à la Comédie de Genève. Durée : 1h30.

A propos de l'événement



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