La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Propos recueillis / Alexandra Badea

Points de non-retour [Quais de Seine] d’Alexandra Badea

Points de non-retour [Quais de Seine] d’Alexandra Badea - Critique sortie Avignon / 2019 Avignon Festival d’Avignon. Théâtre Benoît XII
L’auteure et metteure en scène Alexandra Badea. Crédit : Richard Schroeder

Propos recueillis
Alexandra Badea
Théâtre Benoît-XII / texte et mes Alexandra Badea

Publié le 23 juin 2019 - N° 278

Après Points de non-retour [Thiaroye], présenté en septembre dernier au Théâtre national de la Colline, Alexandra Badea crée le deuxième volet de sa trilogie sur les zones d’ombres de l’histoire de France.

« A l’origine de Points de non-retour, il y a tout d’abord l’envie de travailler sur les récits manquants, de ramener au plateau les oubliés de l’Histoire, de permettre à des spectateurs qu’on voit assez rarement au théâtre de pouvoir s’identifier aux personnages qui viennent devant eux. Il y a ensuite une raison plus personnelle. Quand je suis devenue française, lors de la cérémonie de naturalisation, on nous a dit : “A partir d’aujourd’hui, vous devez assumer l’histoire de ce pays avec ses moments de gloire et d’ombre.” Je me suis alors demandé comment je pourrais assumer la colonisation… Je suis donc partie à la recherche de cette part d’ombre, sans vouloir faire un travail d’historienne, d’activiste ou d’archiviste. Ce qui m’intéresse, c’est de parler des blessures, de la façon dont elles se transmettent d’une génération à une autre, de la façon dont on peut se reconstruire, réparer ce qui a été abîmé. Mon retour à la mise en scène, après une pause de quelques années où je n’ai fait qu’écrire, est la conséquence d’un tournant dans mon écriture. J’ose à présent aller vers des territoires plus incarnés, plus intimes, vers davantage de dialogues.

Le massacre du 17 octobre 1961

Je crois qu’écrire des dialogues au théâtre est devenu un acte politique. Car on ne peut plus donner une lecture univoque du monde. On a besoin de faire apparaître la diversité des points de vue. Aujourd’hui, je vais moins vers des textes frontaux, efficaces. Je travaille à un théâtre plus complexe, qui descend dans l’inconscient, les zones obscures, les territoires flous. Et pourtant, je reste dans le même espace de l’intime et du politique. Points de non-retour ne pouvait occulter la guerre d’Algérie. La tuerie parisienne du 17 octobre 1961 est une blessure qu’on a essayé de refermer sans la soigner. Mais il faut savoir que la répression des Algériens a commencé bien avant le 17 octobre. Les deux premiers volets de ma trilogie parlent de massacres longtemps occultés. Dans Thiaroye, la dimension documentaire était plus importante. Dans Quais de Seine, on est davantage dans l’intime. On assiste à une plongée dans l’inconscient de Nora, le seul personnage récurrent, une plongée dans ses rêves et ses souvenirs. Nora est en pleine crise. Elle ne sait plus comment vivre. Elle sent dans son corps d’autres corps qui essaient de parler. »

 

Propos recueillis par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

Points de non-retour [Quais de Seine] d’Alexandra Badea
du Vendredi 5 juillet 2019 au Jeudi 11 juillet 2019
Festival d’Avignon. Théâtre Benoît XII
12 Rue des Teinturiers, 84000 Avignon

à 22h, le 12 juillet à 15h. Relâche le 7 juillet. Durée estimée : 2h. Tél : 04 90 14 14 14.


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