La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Philippe Lanton

Philippe Lanton - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : k.a.sheckler-wilson

Publié le 10 mars 2009

B. comme Butô et comme Beckett

Après La Mort d’Empédocle d’Hölderlin, Philippe Lanton crée avec le maître Butô Katsura Kan le spectacle B. (1Butô 2Beckett), une traversée intérieure entre danse et théâtre dans l’esprit du Butô et l’intensité de Beckett, deux sommets du minimalisme.

« La partie chorégraphique est un silence offert avant la traversée des phrases de Beckett. »
 
De quelle manière renouvelez-vous l’aventure singulière entre chorégraphie nippone et théâtre ?

Philippe Lanton :
Au cours d’un séjour au Japon, il y a plus de dix ans, j’ai rencontré le danseur chorégraphe et maître Butô Katsura Kan. J’ai créé La Mort d’Empédocle d’Hölderlin, spectacle qui s’est donné entre autres lieux à la Filature de Mulhouse en 1999, puis en 2004 à la Maison de la Poésie à Paris. Depuis deux ans, Katsura Kan travaille sur Beckett. L’idée était de se pencher ensemble sur un même univers poétique. La danse Butô représente l’art du mouvement dans l’épure, et la parole de Beckett le minimalisme et l’intensité.

Comment allez-vous organiser ce carnet de voyage ?

P.L. :
B. est un spectacle en deux parties avec entracte. Irène Lindon, représentante de l’œuvre de Beckett, ne pouvait accepter la présence du Butô dans le texte. Elle a d’abord refusé le projet. Nous avons alors envisagé un spectacle en deux temps séparés, la danse puis le théâtre. De la contrainte est née la liberté, le spectacle joue sur l’effet de miroir, préparant un chemin de méditation et privilégiant la dimension contemplative face à l’hyperactivité du monde. Avec un autre mouvement, un autre temps et un autre espace.

Que produit encore ce face-à-face entre la recherche spirituelle de la danse Butô et l’écriture de Beckett ?

P. L. :
Ces deux modes d’expression évoquent l’absurdité tragi-comique de la nature humaine, sa relation au temps, au vieillissement et à la mort, entre rire et larmes, joie et souffrance.
La partie chorégraphique met en jeu Katsura Kan, le danseur Olivier Renouf et la comédienne Évelyne Pelletier. Le pari consiste à préparer le public à entendre la parole beckettienne et sa densité, en faisant le vide et en se désencombrant du réel de la vie quotidienne. Un silence offert avant la traversée des phrases de Beckett.

Quels sont les textes de Beckett choisis pour cette résonance ?

P. L. :
Cette fois montre une tête blême (Katzura Kan), et fait entendre un texte enregistré en trois parties, avec la voix de François Marthouret. Puis, Acte sans parole II met en scène deux hommes enfermés dans un sac (Katzura Kan et Olivier Renouf) qui s’habillent et se déshabillent, à la façon burlesque et grinçante de Buster Keaton. Berceuse présente une femme âgée (Évelyne Pelletier) qui plonge dans son passé et répond à sa voix enregistrée : « Encore… ». Enfin, Souffle tient lieu de respiration finale. La réinvention de l’oeuvre et de son esprit passe par le regard, comme dans l’art contemporain.

Propos recueillis par Véronique Hotte


B.
1 Butô
2 Beckett (Cette fois, Acte sans parole II, Berceuse, Souffle), mise en scène de Philippe Lanton, les 20 et 21 mars 2009 à la Maison de la Culture du Japon 101 bis quai Branly 75015 Paris Tél : 01 44 37 95 01 www.mcjp.asso.fr

Du 25 mars au 5 avril, à 20h30, dimanche 16h, relâche mercredi, au Théâtre Berthelot, 6 rue Marcellin Berthelot 93100- Montreuil Tél : 01 41 72 10 35 resa.berthelot@montreuil.fr

A propos de l'événement



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