La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Pantagleize

Pantagleize - Critique sortie Théâtre
Crédit visuel : Bellamy Légende visuel : « Une satire du politique interrogeant la place de l’homme dans le monde et dans la société. »

Publié le 10 mai 2008

Après Bertolt Brecht, William Shakespeare, Botho Strauss…, Philippe Awat investit l’univers cocasse et métaphysique de Michel de Ghelderode. Un spectacle vif, généreux, qui rejoint l’univers cinématographique d’un polar des années 1950.

Pantagleize est l’un de ces anti-héros grotesques qui, de situations saugrenues en quiproquos, égratignent sans le vouloir le vernis des conventions et des mises en jeux sociales. Un être candide et maladroit mettant à mal, par le regard décalé qu’il porte sur ce qui l’entoure, l’ordre de marche du monde. Entraîné, par accident, à la tête d’une action révolutionnaire dont il ne maîtrise ni les tenants ni les aboutissants, ce philosophe plein de naïveté va vivre une journée hors du commun, une journée qui cristallisera toutes les questions qu’il se pose sur lui-même, sur son destin, sur le bonheur, sur le sens de l’existence humaine… « Pantagleize est un personnage absurde titubant dans un monde absurde, indique Philippe Awat. Il est l’homme sans passé, non pas sans projet, mais porteur d’un projet vide, sans contenu, ouvert à tous les possibles. » Un homme atypique, donc, comme hors de la réalité, que le metteur en scène a décidé de placer dans le cadre burlesque et parodique d’un film policier des années 1950. Le résultat, joyeux et dynamique, participe d’un théâtre de divertissement intelligent, d’un théâtre à l’efficacité résolument populaire.
 
Une représentation enjouée, soucieuse de s’adresser à un large public.
 
La représentation conçue par Philippe Awat fait se succéder les multiples tableaux et situations de Pantagleize par le biais d’incessants chassés-croisés de panneaux mobiles. Une chambre d’hôtel, une salle de café, un recoin de rue, une salle d’audience… Abordant la pièce de façon très concrète, de manière ouvertement réaliste mais jamais pesante, ce spectacle aux inflexions tant vaudevillesques que dramatiques fait preuve d’une belle habileté scénographique, d’un réel esprit de partage, d’une volonté de chaque instant d’inviter le public au plaisir. Artisans d’un compte à rebours à l’issue annoncée, les neufs interprètes (dont Bruno Paviot dans le rôle-titre) ne ménagent pas leur peine pour entraîner les spectateurs à l’intérieur de cette tragi-comédie allégorique et philosophique. Car au-delà des caricatures et du comique de situation, au-delà de l’intrigue excentrique bâtie par l’auteur belge (1898-1962), Pantagleize projette les ombres de grands questionnements métaphysiques. Les questionnements d’un personnage qui, à l’instar de la femme dont il tombe amoureux, se révèle « si [beau], si détraqu[é], si douleureu[x] qu’on dirait l’humanité même ».
 
Manuel Piolat Soleymat


Pantagleize, de Michel de Ghelderode ; mise en scène de Philippe Awat. Du 5 mai au 1er juin 2008. Les mardis, mercredis, vendredis et samedis à 20h00, les jeudis à 19h00, les dimanches à 16h00. Relâche exceptionnelle le mercredi 7 mai. Théâtre des Quartiers d’Ivry – Théâtre d’Ivry Antoine-Vitez, 1, rue Simon Dereure, 94200 Ivry. Réservations au 01 43 90 11 11. Spectacle vu au Théâtre Romain-Rolland de Villejuif, en décembre 2007.

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