La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Oncle Gourdin

Oncle Gourdin - Critique sortie Théâtre
Crédit : Laurent Friquet Légende : « Les affreux lutins, sales et méchants d’Oncle Gourdin. »

Avec la création acidulée d’Oncle Gourdin, l’univers underground et décalé du tandem infernal Sophie Perez et Xavier Boussiron déploie un paysage trash, enfantin, ludique et cru.

Entre installation, performance, cabaret et musique, Oncle Gourdin de Sophie Perez et Xavier Boussiron est du théâtre ludique.Rendez-vous sur la scène avec la sculptured’un monde déjanté, haut en couleurs, à la fois orchestré et jeté brutalement sur le ring de la caverne d’une humanité chaotique. D’emblée, l’audace destroy et la fresque mordante de cet univers marginalisé interpellent le spectateur. Pour le panache du décor, on sourit à la reconstitution avignonnaise des platanes de la cour du Cloître des Célestins qui plantent leurs troncs majestueux, leurs branches feuillues avec en perspective l’ombre esquissée des voûtes pierreuses solennelles. C’est à partir des caves souterraines que surgit la bande infernale des lutins, sortes de Gremlins aux larges oreilles pointues, des créatures imaginaires monstrueuses, des êtres crus aux masques improbables et aux allures enfantines – collant doré ou jupes printanières pour des adultes qui semblent avoir perdu leur première fraîcheur. La rencontre avec ces démons espiègles est agréable, et le public intrigué observe leur mode de vie convivial : les malfaisants prennent plaisir à tourmenter les humains : « Qui vient avec moi pour faire peur à des randonneurs ? », dit l’un. « Les ermites, les intellectuels, ceux qui ont fait l’Histoire ont dit non », répond l’autre.
 
Une cordée humaine moyenâgeuse
 
Les créatures difformes et facétieuses se font fort de ne pas se conformer aux règles admises, faisant tout à l’envers à travers une débauche d’activités absurdes. Scier par exemple, le museau d’un animal en peluche ou le bout pointu d’une chaussure vernie d’homme ou bien encore planter un clou sur un livre, donner des coups de hache à un baigneur en plastique, tête en bas et bras en moins. Au service de cette esthétique de la laideur, la petite communauté semble construire ce qu’elle déconstruit à travers l’évidence du geste. Quand les lutins partent à la chasse, ils dessinent une cordée humaine moyenâgeuse, peluches vivantes, le gourdin à l’épaule. S’ils s’ennuient, ils lisent Le Partage de midi de Claudel, L’Épître aux acteurs de Py, ou Pasolini, cultivant le mystère, la poésie et l’envie de sommeil : un clin d’œil aux velléités culturelles dérisoires. Une larve luisante se mêle aux jeux de ces affreux sales et méchants. La messe noire satirique et joyeuse s’attaque aux prétentions contemporaines de l’art grâce au passage à tabac des fausses certitudes théâtrales. Ce déblayage inventif rassérène l’esprit en bousculant le regard. Avec Marie-Pierre Brébant, Gilles Gaston-Dreyfus, Françoise Klein, Sophie Lenoir, Stéphane Roger et Marlène Saldana. Des nains frivoles en mal de Blanche-Neige.
 
Véronique Hotte


Oncle Gourdin, mise en scène de Sophie Perez et Xavier Boussiron. Du 8 septembre au 8 octobre 2011, à 19h30. Dimanche à 18h30, relâche lundis et le 11 septembre. Theâtre du Rond-Point 2 bis avenue F. D. Roosevelt 75008. Tél : 01 44 95 98 21. Spectacle vu au Festival d’Avignon 2011.

A propos de l'événement



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