La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

On ne badine pas avec l’amour

On ne badine pas avec l’amour - Critique sortie Théâtre
Crédit : Brigitte Enguerand Légende : « Les jeux de miroir d’On ne badine pas avec l’amour. »

Publié le 10 juin 2011 - N° 189

Entre délicatesse et cruauté, toute la poésie et la ferveur de la pièce rayonnent sur la scène à la fois grave et enjouée d’Yves Beaunesne et de ses acteurs.

Prose poétique et élégance de la langue, le charme mystérieux d’On ne badine pas avec l’amour (1834) tient à l’intimité de Musset dans sa passion avec George Sand. Badine traite ainsi de l’amour et de la jeunesse et de ce goût enivrant des jours qui passent dans la fureur de vivre, à l’âge de l’éveil du printemps. Par effet de résonance, le défi à la mort rôde, vécu comme une réalité lointaine pour des jeunes gens trop sûrs d’eux. Perdican revient chez son père, le Baron, qui veut le marier avec Camille, sortie du couvent. Le jeune homme manifeste sa joie de retrouver sa compagne d’enfance qui, éprise d’absolu religieux, le tient à étrange distance. Pour se venger de cet orgueil féminin, Perdican séduit Rosette, paysanne et soeur de lait de Camille. Sincérité des sentiments, jeux de masques et de miroirs, quiproquos et dépit amoureux, les deux cousins font erreur sur la teneur de leur désir. « Je veux aimer, mais je ne veux pas souffrir », dit Camille à Perdican qui rétorque par un bilan funèbre anticipé: « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. » L’avantage est donné aux sentiments chez des êtres en quête de vérité et perdus parmi les rêves enfantins. La présence élégiaque de la nature et du souffle des premières années passées dans ces paysages rustiques contribue au charme poétique. Aux côtés des jeunes, sévit l’ombre des maîtres âgés à la rigidité bornée.
 
La violence vive des relations juvéniles
 
Le Baron (Roland Bertin) a maille à partir dans ses projets, entouré de personnages grotesques aux mines burlesques, le curé Bridaine (Pierre Vial) et Blazius (Christian Blanc), gouverneur de Perdican, deux ivrognes médisants et jaloux. Dame Pluche (Danièle Lebrun), la gouvernante compassée de Camille, complète ce tableau familial comique. Et la vanité, le bavardage et la colère bousculent le cheminement innocent des amants sur le sentier de l’existence. Yves Beaunesne a mis au jour la violence vive des relations juvéniles qui s’éveillent à la maturité. Les corps à corps et cœur à cœur rappellent le Marivaux de La Dispute. Suliane Brahim en jupe fraîche et talons rouges, coquine limpide des sixties, est Rosette. Loïc Corbery incarne un Perdican heureux, rappel du Marlon Brando en maillot d’Un Tramway nommé désir. Julie-Marie Parmentier pour le rôle de la jeune fille bridée est capable de jouer les Marylin Monroe en robe dansante. La scénographie de Damien Caille-Perret – murs humides, immense miroir terni et cadre doré, rideaux coulissants sur un fil et table de billard en lieu de fontaine sacrée ou lit d’amour – épouse avec tact l’étoffe du temps et des enfances perdues. Un songe magique de nuit d’été qui tourne au drame.
 
Véronique Hotte


On ne badine pas avec l’amour, d’Alfred de Musset ; mise en scène d’Yves Beaunesne. Du 11 mai au 26 juin 2011. Mardi 19h, du mercredi au samedi 20h, dimanche 16h. Théâtre du Vieux Colombier, 21 rue du Vieux Colombier 75006. Durée : 1h50. Réservations : 01 44 39 87 00/01

A propos de l'événement



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