La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien / Robyn Orlin

Oh Louis… we move from the ballroom

Oh Louis… we move from the ballroom - Critique sortie Danse Paris
Crédit : Jérôme Séron Robyn Orlin, rencontre au sommet avec Louis XIV.

Entretien Robyn Orlin

Théâtre de la Cité Internationale / Espace Pierre Cardin
Chorégraphie Robyn Orlin

Publié le 20 novembre 2017 - N° 260

Et si Louis XIV revenait en France, en 2017, sans papiers parmi les réfugiés après un voyage en Afrique ? Une fable signée Robyn Orlin, avec Benjamin Pech, danseur étoile tout jeune retraité de l’Opéra de Paris. Titre complet : Oh Louis… we move from the ballroom to hell while we have to tell ourselves stories at night so that we can sleep…

Dans votre processus, le titre vient d’abord, et ensuite, le travail commence. Pourquoi ?

Robyn Orlin : Je laisse le titre ouvert, ce qui permet au public de réfléchir. Je ne peux jamais être sûre du lieu où je vais me déplacer avec mes pièces, et elles changent à mesure que je suis encore en train de travailler dessus. Cela m’autorise à avoir plus de liberté. C’est aussi ce qui va m’aider à revenir vers mes sources, parce qu’au cours du travail, il peut m’arriver d’être séduite par d’autres choses périphériques. Le titre agit comme un tremplin.

Avec l’évocation de Louis XIV et de la salle de bal, est-ce l’idée de parler de la danse classique qui a motivé votre démarche ?

R. O. : La danse classique est d’abord mon background… Je ne pense pas que Louis XIV ait seulement à voir avec la danse classique, il m’évoque aussi certaines erreurs dans sa façon de penser, erreurs qui reviennent toujours. Il y a une chose que l’on ne doit pas oublier, c’est que Louis XIV a créé le Code Noir. Tout le monde pense qu’il s’agit de parler des réfugiés, de la colonisation : c’est une chose qui m’intéresse bien sûr, parce que je viens d’Afrique du Sud, un pays colonisé. Mais il s’agit davantage de se demander comment ne pas ignorer, comment réfléchir, pour avancer d’une manière saine. Je ne pointe pas du doigt, mais je regarde et je pose des questions.

Peut-on dire de cette pièce qu’elle est un voyage à travers le temps et l’espace ?

R. O. : Quand j’ai décidé de créer cette pièce – et je pense que c’est toujours un peu présent -, j’ai voulu que Louis XIV soit comme un esprit, une âme errante qui traverse les siècles et revient de son voyage en Afrique. Il se trouve parmi les réfugiés parce qu’il n’a plus son passeport. Comment voit-il alors la France d’aujourd’hui ? Je travaille les éléments de cette histoire de façon plus abstraite que concrète afin d’élargir les perspectives. Louis XIV est une figure historique très présente dans la culture française. J’ai ainsi demandé à Benjamin Pech de réfléchir à ce qu’il représente dans son imaginaire.

« J’ai voulu que Louis XIV soit comme un esprit, une âme errante qui traverse les siècles et revient de son voyage en Afrique. »

Qu’avez-vous en commun avec Benjamin Pech ?  Qu’est-ce qui vous différencie ?

R. O. : Notre langage commun est la danse et le théâtre, mais je viens d’Afrique du Sud, et lui vient d’ici. Chez moi, le ballet était vu comme l’art de l’oppresseur ; je pense qu’on aurait pu considérer la même chose ici, mais ce n’est pas le cas. Pourtant, Louis XIV a opprimé beaucoup de monde ! Ex-danseur étoile de l’Opéra de Paris, Benjamin reconnaît que son corps a été cassé. Il a aujourd’hui terminé et son corps est en manque, il est donc forcé de se poser un certain nombre de questions. C’est un point de la réflexion.

Qu’en sera-t-il de l’humour ?

R. O. : Si nous ne pouvons pas rire de nous-mêmes, alors nous avons un problème. Je maintiens toujours que la meilleure façon de parler du passé en Afrique du sud, c’est avec humour. Les Sud-Africains ont un grand sens de l’humour, c’est dans notre langage, dans notre manière de penser.

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Oh Louis… we move from the ballroom
du Mercredi 13 décembre 2017 au Mercredi 30 mai 2018

17 Boulevard Jourdan, 75014 Paris, France

Du 13 au 23 décembre 2017 à 20h30.


Tél : 01 43 13 50 50. En partenariat avec le Théâtre de la Ville. Puis à l’Espace Pierre Cardin, 1 avenue Gabriel, 75008 Paris. Du 15 au 19 février 2018 à 20h30, le 16 à 14h30, le 18 à 15h. En tournée le 10 décembre, Festival de danse de Cannes ; le 28 mars 2018, Kinneksbond, Mamer (Luxembourg) ; les 29 et 30 mai 2018 au Théâtre de Caen. Première les 5 et 6 décembre 2017 au CNDC d’Angers.


 


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