La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Nous étions jeunes alors

Nous étions jeunes alors - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : Jean-Julien Kraemer Légende photo : Les comédiens portent le texte face au public

Publié le 10 décembre 2008

Frédéric Sonntag, auteur et metteur en scène, brosse un monde fictif à l’encre noire de l’imaginaire.

« Nous étions jeunes alors. La propagande battait son plein. La guerre depuis longtemps n’était plus l’exception mais la règle. La ville s’étendait à n’en plus finir, la ville n’en finissait plus, grossissait à vue d’œil, allait nous engloutir. Nous marchions apeurés sur les trottoirs des métropoles. ». C’est dans la fièvre noire de ces visions d’avenir que Frédéric Sonntag débute son récit, celui d’une errance affolée aux lisières incertaines de la fiction. Ils sont trois, deux filles et un garçon, jeunes, qui fuient l’urbanité sauvage d’une société aliénée, qui fuient l’insomnie béante des jours à venir et le rire cinglant des doutes, fuient la réalité mangée par l’imagination. Ils s’en vont, loin, loin dans la maison de l’enfance, en quête de tout, de rien, de sens, d’eux-mêmes. Loin dans les zones de résistances imaginaires et les interstices clandestins d’un monde chaotique. Ils essaient de se sauver, de reproduire les gestes de la vie, de s’inventer, entre désespoir fougueux, jeux dérisoires et expérience tragique du vide. Jusqu’à s’épuiser d’ennui et brûler les contours du réel au feu du délire paranoïaque.

Troubles d’identité

Frédéric Sonntag, auteur et metteur en scène, montre de l’ambition et du souffle dans l’écriture. Il ose une épopée où résonnent les cris de notre siècle et fouille les décombres d’une jeunesse désœuvrée en proie à ses hantises et ses troubles d’identité. Son théâtre, à la croisée du monologue, du conte initiatique et du récit d’anticipation, cherche à tisser la parole, les images et la musique. Une forme qui exige d’habiles interprètes pour tenir l’équilibre entre récitant et personnage. Cernés par trois pans de murs où s’impriment paysages urbains ou tâches colorées, Amandine Dewasmes, Mounir Margoum et Fleur Sulmont portent la narration face au public, tandis qu’un trio de musiciens donne le rythme. S’ils s’engagent avec conviction dans ce voyage halluciné, leur manque encore de cette épaisseur humaine qui donne de la chair aux mots. Ils finissent par s’égarer dans les méandres d’une partition parfois trop bavarde et platement mise en scène. Sans doute le talent de l’auteur Frédéric Sonntag gagnerait-il à la confrontation du texte à un autre regard sur le plateau. 

Gwénola David


Nous étions jeunes alors, texte et mise en scène de Frédéric Sonntag, jusqu’au 13 décembre 2008, à 20h, samedi à 16h et 20h, relâche dimanche, lundi, mardi et mercredi, à Théâtre ouvert, 4 bis Cité Véron, 75018 Paris. Rens. 01 42 55 55 50 et www.theatre-ouvert.net. Durée : 1h50. A venir, dans la cadre de la Carte blanche à Frédéric Sonntag : Dans la zone intérieure (mise en espace), les 8 et 10 décembre à 20h, le 9 à 19h.

A propos de l'événement



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