La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Nono

Nono - Critique sortie Théâtre
Crédit : Marcel Hartmann Légende : « Julie Depardieu est Nono, la fille sublime de joie… »

Publié le 10 octobre 2010

Michel Fau monte Nono de Sacha Guitry avec verve et aplomb. Un brio
d’acteurs persuasif pour ce divertissement léger aux allures de pochade.

La tendance actuelle est à la redécouverte de l’œuvre divertissante de Sacha Guitry. Une façon d’éluder dans l’insouciance la gravité de la crise économique des années 2010 pour se réfugier dans la frivolité d’une époque passée. Guitry a dix-neuf ans quand il écrit cette première pièce, Nono (1905), un texteen un acte conséquent d’abord, suivi de deux autres actes plus anecdotiques. L’œuvre est écrite sur le coin d’une table et sur un ton burlesque, un croquis exécuté en quelques traits saillants qui confinent à la caricature. Les répliques vives et alertes donnent de la couleur aux mots d’esprit et aux expressions populaires imagées. Les gags langagiers n’en finissent pas de dérouter le spectateur qui s’esclaffe. Ainsi, le valet de chambre dit apporter une dépêche à son maître qui l’interroge : « Une des pêches du jardin … ? » Les protagonistes badinent, blaguent, raillent et plaisantent. Chacun s’amuse dans le tournis d’une gaieté acidulée tout en accumulant les maladresses, les bévues et les gaffes. Robert Chapelle (calculateur Michel Fau au jeu expressionniste) se pique de littérature. Il est las de sa maîtresse, Madame Weiss (Brigitte Catillon), plus âgée et amèrement soupçonneuse, il ne sait comment s’en défaire, et les reproches cyniques à son encontre pleuvent avec bien peu d’élégance : « Tu me surveilles, tu me guettes, tu m’épies, tu me suis, tu me files, tu me cherches, tu me trouves, tu m’agaces, tu m’énerves, tu m’horripiles ! »
 
Une folie kitsch d’aujourd’hui
Heureusement, Monsieur a un jeune ami, Jacques Valois (Xavier Gallais, inventif et baroque), doté d’une maîtresse piquante, Nono (Julie Depardieu, aimable et incisive), une fille pour la joie, une cocotte sublime. Les deux amis vont se disputer la jolie gourgandine en maudissant les pères abusifs et les mariages bourgeois au nom d’une liberté sentimentale et spirituelle à sauvegarder. Les domestiques – le valet de chambre et la bonne – dupliquent entre eux l’aventure de façon plus farcesque. Michel Fau, le metteur en scène de cette pochade, évoque une photographie ancienne qui serait colorisée, comme la reprise de la pièce au Théâtre de la Madeleine en 1931 avec Sacha Guitry dans le rôle du bourgeois et Yvonne Printemps dans celui de Nono. Il y a un peu de cela, une folie kitsch d’aujourd’hui comme installée sur un plateau d’antan. Rideaux lourds, tentures moirées, fausses balustrades et cabinets intimes en trompe-l’œil, le vaudeville et le boulevard prennent leurs marques. Pour que le public rie encore de la crédulité féminine face aux mensonges des hommes. Des retrouvailles enthousiastes avec le franc-parler un peu rustre de Guitry, défendu avec ténacité, vigueur et belle santé.
 
Véronique Hotte


Nono, de Sacha Guitry ; mise en scène de Michel Fau. Du 7 septembre au 31 décembre 2010. Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h. Théâtre de la Madeleine 19, rue de Surène 75008 Paris. Tél : 01 42 65 06 28. Durée du spectacle : 1h30

A propos de l'événement



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