La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Noire

Noire - Critique sortie Théâtre Ivry-sur-Seine Théâtre des Quartiers d'Ivry - Centre Dramatique national du Val-de-Marne - Manufacture des Œillets
Lucie Nicolas © Kandida Muhuri

Théâtre des Quartiers d’Ivry / d’après Tania de Montaigne / mes Lucie Nicolas

Lucie Nicolas adapte le roman de Tania de Montaigne, Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin, pour explorer les thèmes du racisme et de la ségrégation à travers un spectacle qui mêle théâtre et dessin à partir de l’histoire vraie d’une jeune Américaine des années 50.

 

« Claudette Colvin est un symbole pour questionner le racisme. »

 

Qui est Claudette Colvin ?

Lucie Nicolas : C’est une lycéenne noire de 15 ans qui vit à Montgomery, une ville de l’Alabama au sud des États-Unis, en 1955, à l’époque de la Ségrégation, une période où les États-Unis assument de manière légale la séparation des Blancs et des autres dans toute la vie quotidienne : lieux publics mais aussi privés. Claudette Colvin a intériorisé ces interdits mais est assez sensibilisée à l’injustice. Un jour, dans le bus, elle décide de ne pas céder sa place à une femme blanche. C’est la naissance du mouvement du boycott des bus de Montgomery qui durera un an, puis de la lutte des droits civiques. Rosa Parks et Martin Luther King, habitants de Montgomery, seront les figures que l’histoire a retenues, mais Claudette Colvin aurait pu devenir l’icône de ce mouvement si elle n’avait été si jeune, de peau très foncée, et enceinte.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le roman de Tania de Montaigne ?

L.N. : Cette figure de jeune femme qui a vécu dans un moment où tout s’est cristallisé dans une violence extrême et qui est une oubliée de l’histoire est un symbole pour questionner le racisme, la ségrégation, la stigmatisation de la différence et réinterroger ces thèmes aujourd’hui. J’ai aussi été intéressée par la façon dont le livre est écrit. Tania de Montaigne commence en disant au lecteur : « Vous êtes noir ». Cette adresse m’évoquait une transposition théâtrale, d’autant que ma compagnie, le Collectif F71, travaille principalement sur du théâtre documentaire où nous reconstituons une dramaturgie à partir d’archives. L’enquête était déjà présente dans le roman mais nous l’avons prolongée en effectuant nos propres recherches (livres, archives photographiques, abonnement au journal local de Montgomery…) pour alimenter la transposition théâtrale.

Pourquoi avoir ajouté du dessin ?

L.N. : La comédienne Sophie Richelieu est la narratrice et elle incarne aussi tous les personnages mais je ne voulais pas que ce spectacle soit un seul-en-scène. J’avais l’idée de porter le roman à la scène graphiquement aussi, de sorte que la narration soit portée par ce que peut apporter le théâtre : l’image. Je voulais aussi m’adresser à des spectateurs de l’âge de Claudette Colvin. C’est pour ces raisons que j’ai choisi le medium du dessin en imaginant faire un « roman graphique théâtral ». Une dessinatrice, Charlotte Melly, est présente sur scène et compose en direct des images projetées sur un écran tout en faisant avancer le récit. Le dessin raconte, fait décor, dialogue…, tout cela à la fois.

 

Entretien réalisé par Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

Noire
du Lundi 14 mai 2018 au Samedi 19 mai 2018
Théâtre des Quartiers d'Ivry - Centre Dramatique national du Val-de-Marne - Manufacture des Œillets
1 place Pierre Gosnat, 94200 Ivry-sur-Seine

Tél. : 01 43 90 11 11. Durée : 1h30.


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