La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Minoru Betsuyaku

Minoru Betsuyaku - Critique sortie Théâtre
Crédit : DR

Publié le 10 mai 2010

Une vision minimaliste du théâtre

Méconnu en France, Minoru Betsuyaku est, à 73 ans, l’un des auteurs vivants japonais les plus respectés de son pays. A l’origine de l’émergence du théâtre de l’absurde au Japon, au début des années 1960, son œuvre a vu le jour avec une pièce intitulée L’Eléphant. Aujourd’hui, le metteur en scène K. Kiyama présente un autre de ses textes, La Maladie, pour deux représentations, à la Maison de la culture du Japon à Paris.

Vos lectures de Franz Kafka et de Samuel Beckett semblent avoir été déterminantes dans la naissance de votre œuvre théâtrale. Dans quelle mesure vous sentez-vous lié à ces deux écritures ?
Minoru Betsuyaku : Ces deux auteurs m’ont appris énormément, notamment en m’amenant à considérer que l’existence de l’homme est par essence comique. Je crois qu’ils m’ont permis d’accéder à une forme de libération. Grâce à cela, j’ai pu sortir d’un prisme purement social et politique pour me diriger vers un théâtre fondé sur les points de tension intimes de l’individu. C’est également en lisant les œuvres de Kafka et de Beckett que j’ai été amené à faire mien le paradoxe suivant : plus l’homme se trouve dans une situation tragique, plus il en devient comique.
 
Quelles sont les principales lignes de force sur lesquelles s’est construit votre théâtre ?
M. B. : Fondamentalement, mon théâtre répond aux caractéristiques suivantes : une scène dépouillée, une limitation du décor et des accessoires, un minimum de personnages et une dramaturgie minimaliste. Pour moi, écrire est une pulsion dont l’objet revient à modeler un espace théâtral correspondant à mon goût. C’est une sorte de jeu, mais un jeu qui aboutirait à autre chose qu’à une dimension purement ludique.
 
« Un théâtre fondé sur les points de tension intimes de l’individu. »
 
De quoi votre inspiration se nourrit-elle ?
M. B. : En premier lieu, je me représente un espace sur lequel je pose mon regard. Des personnages et des objets y font peu à peu leur apparition. J’attends qu’ils commencent à se mouvoir. C’est à ce moment que les idées naissent. Je laisse alors déborder mon imagination.
 
De quoi traite La Maladie, pièce créée à Tokyo en 1981 et aujourd’hui présentée pour la première fois en France ?
M. B. : « Si ça se trouve, je suis malade… ». Voici une inquiétude que la plupart de nos contemporains partagent et gardent dans un coin de leur tête. J’ai amplifié et saturé ce constat, en le plaçant dans un contexte particulier : un événement survenant au coin d’une rue. J’ai souhaité amener le public à rire, mais également faire en sorte que ce rire intervienne au cœur d’une forme d’absurdité poussée à l’extrême.
 
En quoi cette pièce est-elle caractéristique de votre œuvre ?   
M. B. : La Maladie reprend une trame classique de la dramaturgie japonaise : le « Jyo-Ha-Kyû » (exposition – intrigue – dénouement). Comme pour toutes mes pièces, j’ai cherché, en m’appuyant sur un minimum d’effets, à atteindre la plus grande simplicité possible. 
 
Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat (traduction d’Aya Soejima)


 

La Maladie, de Minoru Betsuyaku (spectacle en japonais surtitré) ; mise en scène de K. Kiyama. Les 28 et 29 mai 2010, à 20h. Maison de la culture du Japon à Paris, 101 bis, quai Branly, 75015 Paris. Réservations au 01 44 37 95 95.

A propos de l'événement



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