La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Minetti

Minetti - Critique sortie Théâtre
Légende photo : Patrick Michaëlis incarne le vieux, grotesque et sublime Minetti.

Publié le 10 mars 2009

Patrick Michaëlis et Guy Lavigerie enferment le tonitruant Minetti dans le hall exigu d’un hôtel hanté par des fantômes et des fous qui servent de repoussoirs complices au délire du vieil histrion.

Acteur sur le retour, Minetti revient à Ostende un soir de Saint-Sylvestre. Pour tout bagage il a sa gueule, défaite et burinée, et une énorme valise dans laquelle il cache le masque du Roi Lear réalisé par James Ensor, grand spécialiste de carnavals désespérés aux métaphysiques outrances dont les personnages semblent les modèles de ceux dont Michaëlis et Lavigerie peuplent le hall dans lequel attend Minetti. Avec l’espoir de jouer la pièce de Shakespeare et l’histoire de ce roi qui meurt d’avoir voulu anticiper la mort, avec le rêve de retrouver sa gloire d’antan par ce chant du cygne théâtral qu’il espère moduler en phénix, Minetti attend le directeur du Théâtre de Flensburg. Mais celui-ci tarde et Minetti, pour tromper le temps et l’ennui, commence d’évoquer son existence passée devant les témoins de sa patience, de plus en plus vaine, auxquels il inflige les telluriques soubresauts de son humeur et les saillies grinçantes de son humour dévastateur. Avec des allures de marin revenu d’expéditions trop lointaines, Patrick Michaëlis campe un Minetti au coffre d’ogre soufflant sur le plateau comme un ouragan mesurant ses forces et sa fureur à sa capacité d’épuisement.
 
Un théâtre à la scandaleuse lucidité
 
Cette cérémonie grotesque et funèbre, à la fois dérisoire et sublime, est servie par une troupe dont les membres semblent échappés des parades folles et drôles peintes par Ensor. Ksénia Chebatourkina, Zbigniew Horoks, Jean-Marie Lardy et Maryse Ravera évoluent entre le mécanique et le pulsionnel et servent l’énergie déployée par le texte avec une jubilation très grande et une quasi ivresse. Apparaît par leur jeu les limites d’une norme folle qui catégorise à sa marge ceux qui, à l’instar de Minetti, et peut-être de Lear, n’ont jamais su ou pu tout à fait s’accommoder du monde parce qu’ils en voyaient mieux que les autres les contradictions, les compromissions et les bassesses. « Minetti n’est pas fou, disent Patrick Michaëlis et Guy Lavigerie, considérons plutôt avec lui que le scandale du bon goût pacifié est une provocation à la folie d’où il ressort que celui qui fait un effort d’entendement et de lucidité fait aussitôt figure de terroriste. » C’est cette terreur que les deux metteurs en scène parviennent avec une efficace justesse à rendre palpable sur scène…
 
Catherine Robert


Minetti, de Thomas Bernhard ; mise en scène de Patrick Michaëlis et Guy Lavigerie. Du 17 mars au 4 avril 2009. Mardi, mercredi et vendredi à 20h30 ; jeudi et samedi à 19h30 ; samedi à 16h. Etoile du Nord, 16, rue Georgette-Agutte, 75018 Paris. Réservations au 01 42 26 47 47. Spectacle vu à la scène nationale de Fécamp lors de sa création.

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