La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Gros Plan

Meine faire Dame. Ein Sprachlabor (My fair Lady. Un laboratoire de langues)

Meine faire Dame. Ein Sprachlabor (My fair Lady. Un laboratoire de langues) - Critique sortie Avignon / 2012

Publié le 10 juillet 2012 - N° 200

Christoph Marthaler revisite la pièce de George Bernard Shaw, et ausculte, avec sa fantaisie protéiforme habituelle, les affres linguistiques de la petite marchande de fleurs Eliza Doolittle.

« The rain in Spain stays mainly in the plain. » : le virelangue imposé en boucle par le sadique pygmalion Higgins à la délicieuse Eliza, afin de la débarrasser de son accent cockney et de ses manières frustres et brutales, a été immortalisé à l’écran par la sublime Audrey Hepburn. Inventée par George Bernard Shaw, adepte d’un socialisme éclairé qui n’ignorait rien des rapports entre lutte des classes et maîtrise des codes et du vocabulaire, la « fair lady » retrouve avec Marthaler, chantre des hommes de peu et des gestes de rien, une profondeur et une gravité un peu édulcorées par le technicolor hollywoodien ! Artiste associé de l’édition 2010 du festival, Christoph Marthaler a déjà présenté plusieurs de ses spectacles à Avignon. Il y revient cette année avec un « laboratoire de langues » farfelu, émouvant et tendre, placé sous la responsabilité du professeur Zoltan Karpathy, héritier décalé du brillant philologue inventé par Shaw.
 
Voyage dans les langues et les langages
 
Les comédiens et chanteurs investissent l’espace dessiné par Anna Viebrock, fidèle scénographe des spectacles de Marthaler. Pour cet opus, elle a imaginé, entre orgue et piano, des petits box individuels hyperréalistes où disséquer la langue et le langage, sous le regard de la reine d’Angleterre ! La Flûte enchantée, Douce nuit, Sainte nuit, les Scènes d’enfants de Schumann, Last Christmas, de Wham ! et autres tubes de la comédie musicale originale : seuls ou en chœur, les interprètes composent un jubilatoire moment de folie musicale. Exercices de diction, numéros répétés pour que la culture devienne une seconde nature, maîtrise du corps et de la voix pour corseter les affects et discipliner les attachements : ce que le linguiste impose à la fleuriste offre un terrain de jeu idéal pour ce perfectionniste de Marthaler, dont les spectacles sont aussi bien réglés que les mœurs aristocratiques par l’exigeante étiquette !
 
Catherine Robert


Festival d’Avignon. Salle de spectacle de Vedène. Du 8 au 10 juillet 2012 à 22h. Tél : 04 90 14 14 14. Durée estimée : 2h. 

 

Salle de spectacle de Vedène
Conception et mise en scène Christoph Marthaler

A propos de l'événement



x

Suivez-nous pour ne rien manquer sur Avignon

Inscrivez-vous à la newsletter

x
La newsletter de la  Terrasse

Abonnez-vous à la newsletter

Recevez notre sélection d'articles sur Avignon en Scènes