La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Médée

Médée - Critique sortie Théâtre
© C. Raynaud de Lage Légende photo Jason et Médée (Jean-Louis Coulloc‘h et Catherine Germain), un amour si fugace...

Publié le 10 novembre 2009

Un théâtre populaire, exigeant et pénétrant, qui met à nu avec maestria le complexe cheminement d’une femme trahie. Avec Catherine Germain dans le rôle-titre, impressionnante de vérité.

D’innombrables Médée ont vu le jour, et c’est un défi de taille de s’attaquer au monument ! Comment matérialiser et incarner une figure aussi mythique que Médée, une figure dont le destin si exceptionnel et si épouvantable peut finir par écraser le récit au profit d’une abstraction intemporelle ? Laurent Fréchuret et toute son équipe ont brillamment relevé le défi, avec maîtrise et une remarquable qualité d’interprétation et de mise en scène. Ils ont réussi à véritablement redonner vie au mythe, ici et maintenant, en le donnant à voir et entendre d’une manière inédite, retraçant clairement tout le complexe et tortueux cheminement d’une vie de femme, son indicible souffrance comme son implacable révolte, au fil d’un parcours où cette étrangère en terre grecque, épouse amoureuse et mère aimante, « se métamorphose devant nous en “déesse de la race des femmes“ ». Car la “pauvre Colchidienne“ enrage d’avoir été trahie par son époux Jason, séduisant mais guère psychologue, fin prêt pour un mariage royal avec la fille de Créon. Brisée, anéantie, expulsée, absolument seule, Médée concocte pourtant une vengeance effarante. C’est une “dure à cuire“, une femme redoutable, insoumise, indomptable. « La violence de mon cœur est plus forte que tout ce que je pourrais décider ».

Langue vivante

Au début de la pièce, le film d’une famille unie et heureuse qui prend plaisir à être ensemble, images fortes d’un bonheur évident. Puis apparaît en fond de scène un squelette de maison vidée de substance et de vie. Le metteur en scène a travaillé avec la traductrice Florence Dupont sur le rituel, la forme et la structure musicale de la tragédie athénienne, qu’il qualifie d’“immense machine à jouer“. Dans cette nouvelle traduction, la langue est terriblement vivante, directe, percutante, d’autant plus théâtrale que le jeu des acteurs prouve à quel point ces mots s’adressent au public, en partage. Ce théâtre à la fois populaire et profond prône l’expressivité et la lisibilité, comme si la nécessité du dire imposait son évidence, coulait de source. Chaque mot claque, résonne, et l’actualité de la langue n’affadit et ne simplifie en rien le propos. Des thèmes comme la condition féminine, l’amour conjugal ou la difficulté des pays nantis et “civilisés“ à intégrer les étrangers, très présents dans la pièce, n’ont après tout rien d’antiques ! Le jeu des protagonistes résonne aussi fortement grâce à l’écho ou la médiation du chœur, représenté par une voix de femme de Corinthe (celle de Zobeida). Et il résonne grâce à la musique, un élément toujours très compliqué à mettre en scène, qui ici s’intègre parfaitement à la dramaturgie. Le jeu et la musique des œuvres d’Euripide ont été perdus, et cette mise en scène les réinvente pour structurer le spectacle. Le résultat du travail de Takumi Fukushima, Dominique Lentin et Jean-François Pauvros est convaincant. Les comédiens sont excellents. Catherine Germain est impressionnante de vérité en Médée, entre douleur et colère. Jean-Louis Coulloc’h interprète Jason, Mireille Mossé la Nourrice, Zobeida le chœur, Thierry Bosc Créon et Egée. Neuf comédiens et musiciens pour une mise à nu d’une vie bafouée, pour une transformation de femme en monstre impeccablement rendue, avec sensibilité et clarté.
Agnès Santi


Médée d’Euripide, mise en scène Laurent Fréchuret, nouvelle traduction Florence Dupont, création au Théâtre de Sartrouville. Tournée le 7 novembre au Prisme d’Elancourt, tél : 01 30 51 46 06. Le 9 au Théâtre de Poissy, tél : 01 39 79 03 03. Les 12 et 13 à l’Espace Jean Legendre à Compiègne, tél : 03 44 92 76 76. Les 17 et 18 au Théâtre d’Auxerre, tél : 03 86 72 24 24. Le 21 au Théâtre Paul Eluard à Choisy-le-Roi, tél : 01 48 90 89 79. Les 24 et 25 au Théâtre de Bourg-en-Bresse, tél : 04 74 50 40 00. Le 28 au Théâtre Jean Arp de Clamart, tél : 01 41 90 17 02. Du 1er au 5 décembre au Théâtre Dijon Bourgogne, tél : 03 80 30 12 12. Du 8 au 11 à la Criée à Marseille, tél : 04 91 54 70 54. Du 15 au 17 au Nouveau Théâtre de Besançon, tél : 03 81 88 55 11.

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