La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Critique

Mayday Mayday

Mayday Mayday - Critique sortie Danse
Crédit : Béatrice Pavasini Légende : Philippe Ménard veut danser toute la nuit…

Publié le 10 mars 2011 - N° 187

Le diptyque conçu par Philippe Ménard montre deux facettes de l’humain. Avec un socle commun, celui de la nécessité de danser encore et toujours, pour ne pas sombrer.

« Mayday mayday » est l’ultime S.O.S. lancé par un navire ou un avion en situation de détresse. Cet état d’urgence, le chorégraphe Philippe Ménard a choisi de le traiter à travers deux solos, comme une mise en scène de l’être humain dans une palette d’états de corps tous autant fascinants qu’inquiétants. La première partie du diptyque, Ridi ! Pagliaccio ! a été créé en 2009 par la danseuse Stéfania Branetti. Proprement et joliment mise dans ses escarpins et sa petite robe arlequin, son solo n’est qu’un glissement vers l’horreur d’une situation qui la dépasse. A l’image du héros de l’opéra de Leoncavallo d’où est issu le titre du solo, la danseuse se débat dans la grande farce de la comédie humaine. Son existence se résume à un éclat de rire, dont on ne saura s’il est une façon de résister ou de sombrer. Au bout du compte, la monstruosité prend le pas, et le spectateur traverse avec elle l’épouvante d’une situation de crise qui se déverse sous ses yeux.
 
En chacun de nous nos monstres
 
La deuxième partie de Mayday Mayday est quant à elle une création. Philippe Ménard clôt sa recherche par une réelle introspection, une mise en corps de sa propre histoire, et par là même, de ses propres monstres. Ici, l’urgence de danser se fait plus palpable, renvoyant l’image d’un danseur, enfermé dans son désir secret : I wanna dance all night. Qu’est-ce qui le meut, comment doit-il écrire son geste après une vie de danse ? Le solo est écrit comme la montée en puissance de ce sentiment de contenir ses propres fantômes, et de ne pas savoir comment les faire sortir, ou même vivre avec. Le danseur convoque en son corps les codes et les figures que l’on sent enfouies depuis des années. Parfois étranger à lui-même, luttant contre l’envahissement d’un geste trop lourd ou chargé de sens, il cherche à extirper hors de lui un passif encombrant. Comme dans le solo précédent, il faut à son héros une échappée belle : ici le rire n’est plus, juste la joie de danser, assumée enfin pleinement. Et l’on danse avec lui.
 
Nathalie Yokel


Mayday Mayday de Philippe Ménard, jusqu’au 12 mars, le mercredi, jeudi et vendredi à 21h15, le samedi à 18h, au Théâtre de l’Etoile du Nord, 16 rue Georgette Agutte, 75018 Paris. Tel : 01 42 26 47 47.

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