La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Marc Paquien met en scène une lumineuse Antigone

Marc Paquien met en scène une lumineuse Antigone - Critique sortie Théâtre Paris Comedie française-Théâtre du Vieux-Colombier
©Cosimo Mirco Magliocca Françoise Gillard (Antigone) et Véronique Vella (La Nourrice).

Théâtre du Vieux-Colombier /
de Jean Anouilh

Publié le 1 octobre 2012 - N° 202

Marc Paquien, qui n’en est pas à sa première collaboration avec La Comédie-Française, met en scène une lumineuse Antigone, tout à l’écoute de la beauté et de l’apparente simplicité du texte.  

« Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu’il faut aimer coûte que coûte… Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier, ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d’un petit morceau, si j’ai été bien sage ». Placée par Anouilh dans la bouche de son Antigone, la réplique est révélatrice de la distance que l’auteur prend par rapport au texte de Sophocle et de la manière dont il se libère du poids de la dramaturgie tragique antique. Affranchie du poids de la malédiction divine qui pèse sur la famille des Labdacides, l’Antigone d’Anouilh parle en son nom. Non plus au nom de la loi qu’imposent les dieux. Elle dit « moi », poussée hors du mythe, érigée en figure de la modernité, de l’autonomie. Plus qu’une adaptation, cette pièce « noire » d’Anouilh – lequel pense bien à partir de son temps – est une réécriture au point que le dramaturge s’autorise la dérision notamment par la voix du chœur : « c’est cela qui est commode dans la tragédie. On donne un petit coup de pouce pour que cela démarre. C’est tout. Après on n’a plus qu’à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul. C’est propre la tragédie ». Limpide, lumineuse, la mise en scène de Marc Paquien revivifie, dans une apparente simplicité où elle puise toute sa puissance d’ébranlement  poétique, cette effraction du mythe et cette irruption du tragique dans notre monde contemporain.

Des interprètes magistraux

« Ce n’est plus une héroïne lointaine, prisonnière de son passé et du pouvoir des dieux, mais une jeune femme qui, refusant que le corps de son frère pourrisse au soleil, incarne toutes les rebellions du monde » note le metteur en scène. Et pour faire entendre la justesse de ses intentions dans toute leur rigueur comme la force de l’écriture de l’auteur,  Marc Paquien s’appuie sur une distribution magistrale. On en juge d’entrée de jeu à l’intensité vibrante de cette première scène démystificatrice voulue par Jean Anouilh. Prise en main avec fermeté mais non sans séduction par Clothilde de Bayser personnifiant le chœur, elle s’empare du public pour ne plus le lâcher. Dans le rôle-titre, Françoise Gillard, aux allures de garçonne, coupe courte, chemise d’homme et pantalon gris, pieds nus ou chaussés à la spartiate, marie à merveille la grâce juvénile et la puissance grisante d’une volonté en acte. De Créon, Bruno Raffaelli, en tout point remarquable, a la stature et les vacillements. Chacun, jusqu’au plus petit rôle, donne à son personnage l’ampleur que le texte promet et que la scénographie, signée Gérard Didier, dans sa belle neutralité et sa simplicité géométrique, autorise. Cette efficacité, qui caractérise également les sobres jeux de lumières et l’usage parcimonieux du son, manifeste une maîtrise profonde et vive de ce chef-d’œuvre dramaturgique du XXème siècle.

Marie-Emmanuelle Galfré 

A propos de l'événement

ANTIGONE
du Vendredi 14 septembre 2012 au Mercredi 24 octobre 2012
Comedie française-Théâtre du Vieux-Colombier
21, rue du Vieux-Colombier, 75 006
Du 14 septembre au 24 octobre, du mardi au samedi à 20h, les dimanches à 16h. Tél : 01 44 39 87 00. Durée : 1h45.  www.comedie-française.fr
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