La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Magali Léris

Magali Léris - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : DR

Publié le 10 novembre 2010

La jeunesse de Shakespeare

Artiste associée au Théâtre Jean Arp de Clamart depuis septembre 2009, Magali Léris y crée Roméo et Juliette dans une mise en scène dépouillée, centrée sur les corps et la jeunesse des héros amoureux.

Pourquoi avoir choisi cette pièce et pourquoi insister sur la jeunesse de ses personnages ?
Magali Léris : Cela fait un moment que je tourne autour de Roméo et Juliette. En 2007 j’ai assuré la dramaturgie et la direction d’acteurs pour les danseurs de Sébastien Lefrançois, chorégraphe hip hop de Roméo(s) et Juliette(s). A cette occasion, j’ai travaillé avec des danseurs très jeunes. J’ai aussi travaillé la pièce avec des jeunes comédiens au Conservatoire de Clermont-Ferrand et dans la classe libre de l’Ecole Florent. Parallèlement, j’ai beaucoup travaillé en action culturelle à Choisy avec des jeunes gens. Roméo et Juliette ont quatorze et quinze ans : ce sont des adolescents. Je me suis aperçu que dans la bouche des adolescents, la langue de Shakespeare racontait plein de choses actuelles.
 
Quels genres de choses ?
M. L. : Shakespeare a mis dans la bouche de Juliette des mots incroyables sur le désir d’une jeune fille qui n’a pas encore fait l’amour. Comment a-t-il pu inventer à ce point un langage aussi sublime qui semble né du ventre et du sang de son personnage ? J’ai travaillé avec des jeunes filles qui sans doute étaient vierges comme l’est Juliette dans la pièce et les mots de Shakespeare semblaient leur dire ce qu’elles ressentaient. Tous les jeunes gens avec qui j’ai parlé étaient emballés par cette pièce, la reprenant à leur compte, tous d’accord par exemple pour dire que les parents ne pensent qu’à l’argent ! Dans cette pièce, la pensée des adultes est moche, sale, vulgaire, alors que sort de la bouche des jeunes une langue châtiée, très construite, magnifique : leur langage leur sert d’arme contre la vulgarité ambiante. Ce qu’ils disent sur l’amour est très pur et très beau. Souvent, quand les adultes parlent aux jeunes, ils sont vulgaires pour avoir l’air branché : cela heurte les jeunes ! Les adultes oublient souvent ce que la rencontre amoureuse a de pur et de sublime. Je veux essayer de monter cette pièce avec un regard travaillé avec et par les jeunes.
 
« Cette pièce a le rythme cardiaque d’un adolescent. »
 
Est-ce la raison de ce choix d’une nouvelle traduction ?
M. L. : Cette pièce a la réputation d’être vieillotte et surannée. Or, ce n’est pas le cas. Les jeunes gens inventent un langage, inventent des gestes, inventent le monde en faisant l’amour. Trop souvent, elle est mal traduite, dans un style ampoulé. La nouvelle traduction de Blandine Pelissier fait à la fois entendre l’humour paillard de Shakespeare, ses vannes triviales et son langage raffiné. C’est une pièce à la fois sublime et très drôle, une pièce joyeuse où on retrouve cette joie fondamentale du théâtre, cette joie à jouer. Shakespeare y est fiévreux, incandescent : il faut le prendre à bras-le-corps. Cette pièce a le rythme cardiaque d’un adolescent et Shakespeare l’a sans doute écrite dans cet état-là !
 
Quelle scénographie avez-vous choisie ?
M. L. : J’avais envie de travailler sur la verticalité. Dans une rue de Vérone, des maisons se font face. Leurs façades sont recouvertes par des échafaudages. Le décor disparaît dans les cintres : il est à la fois imposant et très léger. La verticalité ouvre sur des toits comme des échappatoires et marque l’avidité d’une jeunesse prête à tout pour monter jusqu’à sa belle. Les acteurs circuleront sur les échafaudages avec l’agilité d’un âge qui peut tout et ne craint rien.
 
Comment travaillez-vous avec les comédiens ?
M. L. : Même s’il y a des signes de modernité, même si les costumes et les décors se rapprochent de notre temps, ma façon de diriger les acteurs est très classique et très physique. Il n’y a pas de volonté d’actualisation dans la direction d’acteurs : l’actualisation vient toute seule, simplement parce que le propos est actuel. Tous les comédiens qui jouent les adultes sont des comédiens avec lesquels j’ai déjà travaillé. C’est un peu ma bande : des gens que j’aime et avec qui j’aime travailler. Pour les jeunes, j’ai fait des auditions : je voulais qu’ils aient l’air jeune et en même temps, c’est des rôles qui nécessitent des comédiens expérimentés. Je les voulais aussi en grande forme physiquement, parce que la jeunesse, c’est des corps. Et ceux qui vont jouer ces jeunes gens sont de jeunes acteurs absolument formidables.
 
Propos recueillis par Catherine Robert


Roméo et Juliette, de William Shakespeare ; mise en scène de Magali Léris. Du 9 au 20 novembre 2010. Les dimanches et le jeudi 11 à 16h et le jeudi 18 à 19h30. Relâche le lundi. Théâtre Jean Arp, 22, rue Paul Vaillant-Couturier, 92140 Clamart. Réservations au 01 41 90 17 02. Tous publics à partir de 11 ans. Navettes aller-retour depuis Paris les mercredis et vendredis soirs (départ à 19h devant le Théâtre de la Ville, place du Châtelet). Reprise au Théâtre Jean Vilar de Suresnes du 26 au 28 novembre, puis les 3 et 4 décembre à Choisy-le-Roi, puis le 11 décembre à la Ferme du Bel Ebat à Guyancourt puis du 3 au 30 janvier au TQI, à Ivry.

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