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Théâtre - Entretien

Lucy in the sky est décédée de Bérangère Janelle

Lucy in the sky est décédée de Bérangère Janelle - Critique sortie Théâtre saint denis Théâtre Gérard-Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis
Bérangère Janelle

texte et mes Bérangère Jannelle

Publié le 21 février 2020 - N° 285

Bérangère Jannelle met en scène un texte qu’elle a écrit, une pièce captivante, sensible et documentée réunissant trois jeunes gens passionnés de paléo-anthropologie. Multipliant les lieux et les époques, de notre ancêtre à aujourd’hui, la fondatrice de la compagnie La Ricotta explore notre humanité.

De quoi parle votre texte ?

Bérangère Jannelle : C’est est une espèce de conte moderne, l’histoire d’un groupe d’amis qui vont ré-explorer leur histoire, celle de leur rencontre, de leur amour et aussi de leur passion pour l’origine de l’homme, à l’aune de la mort d’un des leurs.

Comment est né le projet de relier une histoire intime à une histoire collective par le prisme de la paléontologie ?

B.J. : Ma question de départ était : « qu’est-ce que veut dire être humain aujourd’hui ? » Qu’est-ce qu’être humain alors que ces 50 dernières années, il y a eu plus de révolutions des grands paradigmes de l’espèce humaine – le temps et l’espace – qu’en 3,5 millions d’années. Cette question s’inscrit dans le fait qu’un des principes de l’humanité, c’est la conscience d’être mortel, donc la conscience de notre finitude et notre capacité à la représenter (les premières traces d’art, les mains négatives dans les grottes). Dans l’état des connaissances actuelles, c’est ce qui nous différencie de l’animal. A partir de cette découverte que j’ai faite et que tout le monde peut faire, c’est-à-dire que le fondement de l’humanité, c’est sa finitude et sa fragilité, donc quelque chose de très émotionnel, j’ai eu envie de construire cette histoire d’un groupe relié par l’affect, et qui fait l’expérience de la perte.

« Le besoin de passer par des récits plus grands que soi, c’est le théâtre. »

Mais dès avant cette perte, vos personnages sont comme obsédés par la mémoire…

B.J. : Je crois que la question de la mémoire, de l’inscription dans une durée, est ce qui constitue nos identités. Si on perd cette notion, je ne vois pas très bien comment on peut construire un avenir. Le processus de mémoire dans lequel les personnages s’engagent est un processus qui relie aux autres. Nos fondamentaux sont très ouverts et très reliés car on est dans la dépendance les uns par rapport aux autres. Quand on regarde l’histoire de l’évolution, on voit qu’on dépend d’un écosystème général mais aussi affectif. Le petit de l’homme, contrairement aux petits d’autres mammifères, a une durée de dépendance énorme. La dépendance affective nous constitue, et bien sûr, par ailleurs, la grande question migratoire, au sens ontologique du terme, est inscrite dans notre histoire puisque les foyers de ce qu’on appelle les hominidés sont multiples et ont constitué ce qu’on appelle aujourd’hui l’Europe. Notre évolution est inscrite dans un mouvement migratoire.

Vos personnages constituent une tribu reliée par la quête de leur propre origine, reliée elle-même à une origine plus lointaine. Le théâtre serait-il aussi une tribu ?

B.J. : Non, pas au sens fermé du terme. En revanche, je pense que le lieu théâtre a à voir avec quelque chose d’assez ancien qui est que les hommes se réunissent autour du feu et se racontent des histoires. Les premiers mythes sont toujours des récits des origines où on parle de soi tout en parlant de plus vaste que soi. Ce besoin de sublimation, d’arriver à survivre dans la brutalité du monde, de passer par des récits plus grands que soi, c’est le théâtre.

Entretien réalisé par Isabelle Stibbe

A propos de l'événement

Lucy in the sky est décédée de Bérangère Janelle
du Vendredi 6 mars 2020 au Dimanche 22 mars 2020
Théâtre Gérard-Philipe – Centre dramatique national de Saint-Denis
59 boulevard Jules Guesde 93200 Saint-Denis

Du lundi au samedi à 20h30, dimanche à 16h. relâche le mardi. Tél. : 01 48 13 70 00. Durée estimée : 2h.


Tournée : du 7 au 10 avril 2020 à la MC2 Grenoble ; les 12 et 13 mai à la Maison de la culture d’Amiens.


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