Ciel ! Mon placard
C'est la révélation de cette rentrée. Ciel ! [...]
Marc Paquien réunit quatre comédiens à l’harmonieuse complémentarité pour une mise en scène au burlesque finement travaillé, qui donne chair à des personnages croqués comme des instantanés existentiels.
Comment perdre sa fortune sans perdre pied ? Comment voir s’écrouler la confiance sans anéantir l’amitié ? Comment se croire le roi du monde et se découvrir l’esclave du capital ? En résumé, comment être humain et le demeurer dans l’adversité ? La pièce de Michel Vinaver peut donner matière à maintes lectures : sociologiques, anthropologiques, politiques, sociétales. Il y est question de la cruauté du monde de l’entreprise et des rapports de force entre employés et patrons, des relations entre parents et enfants, de la difficulté d’être proche quand on est voisin. La pièce est susceptible de toutes les lectures, puisque la simplicité de ses mots peut convenir à tous les propos qui voudraient l’interpréter. Contre les afféteries de la glose, Marc Paquien choisit la tranquille évidence de s’en tenir au texte, et en propose un traitement quasi musical. Le naturalisme apparent fait d’abord illusion, et on s’en tient à la fable, jusqu’à ce que le déroulement de celle-ci dérape et force le spectateur à soupçonner une obscurité taraudante au-delà de l’apparence supposée.
Clowns métaphysiques
Qui a volé ? Qui a trahi ? Qui a été complice ? Nul ne peut savoir, et chacun projettera ses propres fantasmes sur l’intrigue et son mystère. Qui, de Laheu ou de Blason, pardonne ? Qui passe l’éponge sur les éructations inconsidérées de l’autre, et comment Ulysse et Alice continueront-ils à parier sur l’existence sans histoires d’une vie d’amour et de labeur joyeux ? Nul, non plus, ne peut le dire. Car Michel Vinaver ne raconte pas vraiment une histoire : il narre les affres de la condition humaine, comme le clown blanc et l’auguste la suggèrent en jouant des éclats de vie qui semblent insignifiants. Patrick Catalifo et Lionel Abelanski incarnent Laheu et Blason avec la même feinte innocence que celle des clowns. Ils jouent de la voix et du geste comme on le fait au music-hall, comme si la tragédie ne devenait crédible qu’en empruntant le masque de la comédie. Si les deux comédiens excellent dans cet art consommé de la farce émaillée de bouleversantes aspérités, Alice Berger et Loïc Mobihan complètent élégamment la distribution de leur présence subtilement intense. Marc Paquien, qui connaît les acteurs parce qu’il les aime, leur offre, une fois encore, l’occasion de briller avec intelligence et talent.
Catherine Robert
du mardi au samedi à 21h ; dimanche à 15h. Tél. : 01 45 44 50 21. Durée : 1h30.