La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Les Temps difficiles

Les Temps difficiles - Critique sortie Théâtre
Photo Cosimo Mirco Maggliocca : M. et Mme (Bruno Raffaelli et Catherine Ferran de la Comédie-Française) pensent à leurs affaires.

Publié le 10 juin 2007

Un drame à l’humour féroce qui met à mal la grande bourgeoisie indépendante après la crise économique de 1929. À la manière invraisemblable et caricaturale d’Edouard Bourdet.

Jean-Claude Berutti porte à la scène Les Temps difficiles (1934) d’Édouard Bourdet, une façon de rendre hommage à celui qui, sous le Front populaire, fut administrateur de la Comédie-Française à laquelle il donna un bon coup de fouet en s’assurant la collaboration des membres du Cartel, Jouvet, Copeau, Baty et Dullin. Les Temps difficiles s’arrêtent sur la famille d’un grand patron de l’industrie française, Jérôme Antonin-Faure, qui voit d’un mauvais œil se profiler la prise de la majorité de son conseil d’administration par les Lyonnais. Des concurrents qui pourraient racheter l’entreprise en ruinant le patron incontesté et les siens. Un petit monde fort argenté sans grand souci : l’épouse Charlotte qui tricote dans le jardin avec sa belle-fille et sa belle-mère et dont le passe-temps favori est de commenter les aventures libertines de son entourage mâle. Devant la catastrophe financière à éviter, la famille Antonin-Faure est contrainte de faire appel à Marcel, renié depuis toujours pour son peu d’intérêt porté aux affaires. Artiste et bohème, il a fait un mariage d’amour avec une ex-comédienne de théâtre, Suzy. Il est père de deux enfants, Jean-Pierre, tourné vers les métiers du cinéma- l’avenir du siècle justement prophétisé par Bourdet en 1934 – et Anne-Marie, nageuse émérite et belle à croquer que le septième art semble convoquer, également.

Les dérives d’une bourgeoisie moribonde vouée à la disparition.

L’adolescente fait tourner en toute innocence relative la tête de tous les hommes qu’elle côtoie dont Bob, enfant débile et héritier prometteur de la Maison Laroche qui a fait fortune dans les phosphates et les compagnies de navigation. Se profile un mariage utile et nécessaire avec l’argent et non les sentiments, une union qui sauve à court terme cet univers décadent et futile. Si la dignité est une chose, les lois de l’entreprise en sont une autre : « La comptabilité des affaires de famille, c’est la forêt de Bondy. » Le regard de Bourdet est lourd de sarcasmes, dénonciateurs des dérives d’une bourgeoisie moribonde vouée à la disparition si elle ne se renouvelle. Une écriture efficace, un style incisif et des paroles qui en disent long sur ce qui ne se dit pas chez ces êtres faussement heureux, rattrapés par leurs histoires. La comédie est pleine d’humour, mais le rire est amer. La mise en scène de Jean-Claude Berutti apporte couleur et vie à cette fresque familiale désuète, mais elle ne peut éviter l’invraisemblance bavarde de l’œuvre. Avec des comédiens de grande envergure, Bruno Raffaelli en fieffé affairiste, Claire Vernet en élégante raffinée et Guillaume Gallienne en déficient mental. Une soirée qui décape.

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