Sébastien Derrey / Amphitryon
Sébastien Derrey met en scène la version qu’a [...]
Frank Castorf adapte le chef-d’œuvre de Dostoïevski et en situe l’intrigue au cœur des combats contemporains qui témoignent de l’affrontement continu des idéologies traversant le XXème siècle.
Gageure s’il en est, l’adaptation scénique des Frères Karamazov présente un certain nombre de défis. La longueur du roman et la complexité de son intrigue, d’abord ; la concaténation entre les histoires d’amour, les trajectoires psychologiques, l’enquête sur le meurtre du père et les considérations philosophiques sur la question du mal, ensuite ; l’ambiance à récréer, enfin, entre angoisse, dépression, hystérie et perversion, arrosée d’alcool et saupoudrée par la neige… Frank Castorf s’empare de cette parabole effrénée et sanglante du combat avec le démon. Chacun est, tour à tour, tenté par le mal : l’amour devient trahison, la foi se parjure, la piété filiale tourne au meurtre, la fraternité est entachée de suspicion. Tous rejouent l’épisode évangélique de la tentation du Christ, et tous sombrent dans le mal ou la folie, dans la calomnie ou le reniement.
Rencontre théâtrale entre disséqueurs d’idéologies
Dostoïevski ausculte les motivations profondes des hommes et peint le conflit entre trois fils et leur ivrogne lubrique de géniteur. Perdus entre foi et liberté, pureté et perversité, méandres existentiels et turpitudes psychologiques, Dimitri, Ivan et Aliocha (auxquels il faut ajouter le bâtard Smerdiakov) interrogent les conditions d’un monde survivant à Dieu et dans lequel tout est permis. Frank Castorf insère dans le fleuve dostoïevskien les mots de DJ Stalingrad, auteur du livre Exodus et opposant engagé aux mouvements néofascistes révisionnistes et nationalistes fondamentalistes, en installant l’intrigue dans la Russie contemporaine. La friche industrielle Babcock, investie par l’immense scénographie de Bert Neumann, accueille le décor d’un univers urbain où circulent les protagonistes de l’épopée. Onze acteurs totalement engagés servent de « guides attachants dans cette aventure des quatre frères Karamazov, sans complaisance sur la condition humaine. »
Catherine Robert
Tous les jours à 17h30, sauf le samedi et le dimanche à 15h ; relâche les 9 et 12 septembre. Spectacle programmé dans le cadre de la saison nomade de la MC93, en partenariat avec le Festival d’Automne à Paris. Tél. : 01 41 60 72 72. Durée : 6h15.
Sébastien Derrey met en scène la version qu’a [...]