La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Les Fourberies de Scapin

Les Fourberies de Scapin - Critique sortie Théâtre Neuilly-sur-Seine Théâtre des Sablons

Entretien Denis Lavant/Théâtre des Sablons puis tournée / De Molière / mes Marc Paquien

Publié le 20 septembre 2015 - N° 236

Après une mise en scène réjouissante des Femmes savantes en 2011, Marc Paquien revient à Molière et met en scène Les Fourberies de Scapin, hommage éclatant au théâtre et à la comédie. Avec dans le rôle de Scapin Denis Lavant, comédien de haute volée peu familier de ce répertoire. 

Avez-vous déjà joué Molière ?

Denis Lavant : Une fois ! En 1990, j’ai interprété le rôle de Cléante dans Le Malade imaginaire mis en scène par Hans Peter Cloos. J’ai davantage joué Shakespeare que les classiques français… Marc Paquien m’a proposé le rôle il y a un an, alors que je n’y pensais pas a priori. C’est l’un des derniers rôles de Molière, qu’il a abordé aux alentours de cinquante ans. C’est aujourd’hui mon âge, l’âge peut-être d’une certaine maturité, et après avoir interprété une palette de rôles très différents, cette proposition est tombée à point nommé. La pièce a été tellement jouée qu’il faut vraiment partir de la partition, la scruter et y chercher une vérité, sans vouloir à tous crins la moderniser. Il s’agit de se dépêtrer et de digérer la syntaxe de Molière, inhabituelle et curieuse, pour en faire un langage authentique. Je découvre un texte très fin où Scapin mène une vraie réflexion.

Dans quel univers est-on ?

D. L. : Marc Paquien a imaginé un espace au bord d’une jetée en dehors de la ville, avec sur le plateau la maison de Scapin, une cahute qu’il a fabriquée. C’est un lieu où tout le monde passe. Nous sommes à Naples dans un univers un peu forain, qui m’évoque Pulcinella et surtout l’extraordinaire Toto ! Les pères ne sont pas des aristocrates mais des commerçants, des petits mafieux qui se débrouillent ; ils sont interprétés par Daniel Martin et Jean-Paul Muel, et notre équipage compte aussi de tout jeunes acteurs. Molière s’inspire au départ de la farce, la commedia dell’arte, mais en tirant les ficelles de la comédie il crée un personnage d’une profonde densité humaine.

« En tirant les ficelles de la comédie Molière crée un personnage d’une profonde densité humaine ».

Quelle sorte de valet est Scapin ?

D. L. : Ce n’est pas un valet ordinaire, un valet trépidant comme l’Arlequin de Goldoni. Scapin pense, invente, joue et calcule. « Habile ouvrier de ressorts et d’intrigues », il est doué et à la hauteur de ce qu’il prétend être. Même s’il a pu être joué masqué, il est loin d’être une figure ou un masque. Il a certes un statut social de serviteur, mais l’idée qui m’importe, c’est qu’il est d’abord un type désabusé revenu de tout qui a roulé sa bosse, qui est passé par les mains de la justice et a connu les galères. Il refuse d’ailleurs de s’impliquer au départ, et accepte finalement en une sorte de geste anarchiste de se mettre au service de la jeunesse et de l’amour, même si les jeunes peuvent aussi se laisser aller aux mêmes travers que les anciens. Une fois qu’il s’engage, Scapin déploie son art jusqu’à l’excès, jusqu’à prendre de l’argent aux pères pour aider les fils, jusqu’à assouvir sa vengeance contre Géronte dans cette fameuse scène du sac. C’est la plus belle représentation qu’il se donne à lui-même, avec un public aveugle ! Scapin rend concret l’imaginé, et la fièvre de la scène l’emporte jusqu’au bout de la course…

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Les Fourberies de Scapin
du Jeudi 8 octobre 2015 au Samedi 30 avril 2016
Théâtre des Sablons
70 Avenue du Roule, 92200 Neuilly-sur-Seine, France

Théâtre des Sablons, 70 avenue du Roule, 92200 Neuilly-sur-Seine. Les 8 et 10 octobre à 20h30. Théâtre Jacques Prévert à Aulnay-sous-Bois. Le 13 octobre à 20h30. Tél : 01 58 03 92 75. Puis tournée jusqu’en avril 2016.


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