La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Les Femmes savantes

Les Femmes savantes - Critique sortie Théâtre Saint-Michel-sur-Orge Espace Marcel Carné
Les Femmes savantes luttent pour la maîtrise du beau langage. © Alain Richard

En tournée / de Molière / mes Elisabeth Chailloux

Publié le 28 janvier 2016 - N° 240

Elisabeth Chailloux met en scène l’avant-dernière pièce de Molière avec finesse et nuance, transposant l’intrigue à la fin des années soixante et déployant les multiples enjeux du combat émancipateur.

Etonnant de constater à quel point Les Femmes savantes est une pièce riche, profonde et captivante ! Après Macha Makeïeff *, c’est au tour d’Elisabeth Chailloux de la mettre en scène, avec la même transposition du Grand Siècle à la fin des années soixante, période turbulente d’intense combat contre les conventions et pour l’émancipation. Avec finesse et nuance, la mise en scène déploie les enjeux et les difficultés de cette lutte pour atteindre les « sublimes clartés » de l’esprit, et au-delà interroge aussi la quête de chacun – et surtout chacune – pour atteindre l’épanouissement et la connaissance de soi. A travers le découpage de l’espace, à travers la caractérisation des personnages – et notamment l’affrontement entre les sœurs -, Elisabeth Chailloux laisse émerger les errements et les implications existentielles de ce qui se joue. On sourit plus qu’on rit de ce rêve chimérique : embrasser le savoir n’est pas chose aisée, surtout quand on se laisse berner par de trompeuses apparences, et quand on choisit un aussi mauvais guide que Trissotin (Florent Guyot), faux savant et vrai pédant, qui dans cette mise en scène n’a même pas l’alibi du charisme. Guignol sans envergure, il séduit tout de même. On pourrait y voir une faiblesse d’interprétation de ce personnage central d’imposteur, mais c’est plutôt ici une façon de souligner la faiblesse et la fragilité de ce trio de femmes savantes.

Le langage au cœur de l’action

Car si elles sont phénoménalement motivées, elles sont aussi désarmées et se lancent à fond sur de fausses pistes ; elles n’ont pas les bonnes cartes pour appréhender la connaissance, et c’est sans doute pourquoi le langage est ostensiblement au cœur de l’action. Bannissons les syllabes dégoûtantes, bannissons aussi les sales désirs et les grossiers plaisirs : cette virulence naïve se traduit en une révolution culturelle maladroite et dévastatrice, qui laisse sur le carreau la pauvre Armande ! La direction d’acteurs est fluide et bien maîtrisée. Les feux de l’amour font naître plus d’espoir que ceux de la philosophie : Henriette (Bénédicte Choisnet) danse sur Ce soir je serai la plus belle tandis que Armande (Pauline Huruguen) chante tristement Bang Bang, My Baby shot me down. Après deux ans de soupirs dédaignés pour l’aînée, Clitandre (Anthony Audoux) a choisi la cadette. Quant à Chrysale, il apprécie surtout la douceur et le confort de son logis. Bélise (Catherine Morlot) est drôle et Philaminte (Camille Grandville), autoritaire et énergique, règne sur la maisonnée de main de… maître, mais sans discernement ! Et finalement, aujourd’hui, surtout sous d’autres cieux où la femme est méprisée, le deuxième sexe a encore de très longues luttes à mener…

Agnès Santi

*Critique dans La Terrasse, n°239.

A propos de l'événement

Les Femmes savantes
du Mardi 2 février 2016 au Mardi 2 février 2016
Espace Marcel Carné
Saint-Michel-sur-Orge, France

Tél : 01 69 04 98 33. Le 2 février. Scène des 3 Ponts, 11491 Castelnaudary. Le 5 février. Tél : 04 68 94 60 85. Théâtre d’Angoulême (16000). Du 1er au 4 mars. Tél : 05 45 38 61 61. Théâtre Jean Vilar, 94400 Vitry-sur-Seine. Les 7 et 8 mars. Tél : 01 55 53 10 60. Spectacle vu au Théâtre d’Ivry Antoine Vitez. Durée : 2h10.


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