La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Les Estivants

Les Estivants - Critique sortie Théâtre Paris Comédie-Française
Les Estivants dans le décor de Lucio Fanti. Crédit photo : Cosimo Mirco Magliocca

Comédie-Française D’après Gorki / Mise en scène Gérard Desarthe

Publié le 24 mars 2015 - N° 231

Le comédien Gérard Desarthe signe une mise en scène d’un académisme suranné qui s’engonce dans ses références.

Quel ennui ! Comme chaque été, les parvenus « éclairés » fuient les miasmes de la ville et viennent reposer leur langueur désenchantée à la campagne. Ils s’abandonnent en bons voisins au bavardage métaphysique sur l’art, l’avenir du monde, le devoir révolutionnaire des écrivains et de chacun… Les philosophaillerie et déclamations existentielles s’agglutinent autour du samovar dans une torpeur moite tandis que suinte tranquillement la misogynie ambiante et que virevolte la ronde des chamailleries amoureuses, des médisances et des rancœurs. Voilà bien longtemps que ces bourgeois fils d’ouvriers ont oublié le petit peuple dont ils se sont extirpés à force de travail… L’arrivée de Chalimov, écrivain désabusé en quête d’inspiration, et de Maria Lwovna, jeune femme médecin engagée dans un combat pour l’émancipation, va soudain bousculer cette charmante société rassemblée chez Bassov, avocat tout en bonhommie cauteleuse. Tous deux débattent de « comment vivre », conversation qui oblige les uns et les autres à prendre position et ricoche violemment sur les failles intimes de cette communauté, provoquant confessions, conflits et profondes ruptures personnelles.

Questionner l’avenir

« Dès qu’un groupe de gens aspirant à « devenir plus simples » entreprenait de s’installer « à la campagne », s’allumait en chacun d’eux, pareil à une verte flamme, le sentiment maladif et hystérique de «l’égotisme » et du « personnalisme ». » écrivait Gorki, dans ses Notes sur la petite bourgeoisie, datées de 1905. Dans Les Estivants, pièce créée en 1904, il taille à traits vifs une cinglante critique de cette pseudo-intelligentsia coupée de la base populaire, à peine née que déjà morte, et laisse pointer l’espoir d’une révolution portée par des femmes alliées au prolétariat. Gérard Desarthe a choisi la version scénique de Peter Stein et Botho Strauss (1976) qui chamboule l’ordre des scènes pour composer une pièce chorale. Le metteur en scène signe d’ailleurs son hommage au maître allemand en calquant son image d’ouverture, qui fit date à l’époque : tous les personnages apparaissent figés dans une forêt de bouleaux… Malheureusement, en dépit des efforts des comédiens du Français, les mots ne parviennent pas à prendre vie et tombent en répliques affectées. La scénographie du peintre Lucio Fanti accumule les clichés du décorum russe et engonce le texte dans une esthétique surannée. Gérard Desarthe semble aborder la narrativité éclatée et les états d’âme comme chez Tchékhov. Or le verbe de Gorki est autrement plus cru et rude, les confrontations s’y révèlent plus frontalement. De cette fresque militante ne reste qu’une suite de saynètes verbeuses et quelques éclats. Quel ennui…

Gwénola David

A propos de l'événement

Les Estivants
du Vendredi 24 avril 2015 au Lundi 25 mai 2015
Comédie-Française
2 Rue de Richelieu, 75001 Paris, France

Tél. : 08 25 10 16 80. Durée : 3h. En alternance, jusqu’au 25 mai 2015. Texte publié par L’Arche éditeur.


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