La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Danse - Entretien / Maguy Marin

Les applaudissements ne se mangent pas

Les applaudissements ne se mangent pas - Critique sortie Danse Paris Palais Garnier
© E. Bauer - OnP

Publié le 27 mars 2016 - N° 242

Belle entrée au répertoire pour le Ballet de l’Opéra de Paris ! Maguy Marin revient sur les enjeux de la transmission de sa pièce, créée en 2002 à Lyon pour la Biennale de la Danse, et alors inspirée par les révoltes contre les dictatures en Amérique latine.

Avez-vous souvent été dans la posture d’offrir au répertoire d’un ballet une pièce créée par votre compagnie ?

Maguy Marin : J’ai avant tout donné des créations, beaucoup avec le ballet de l’Opéra de Lyon, qui sont devenues des pièces de répertoire. Dernièrement, j’ai remonté le Duo d’Eden et Groosland pour le ballet du Capitole de Toulouse dirigé par Kader Belarbi. Quant à l’Opéra de Paris, c’est en 1987 que j’ai créé avec le ballet Leçon de ténèbres. Cette fois-ci, la collaboration est née d’une demande de Benjamin Millepied. Il a vu Les applaudissements ne se mangent pas à New York, et je dois dire que son choix m’a vraiment fait plaisir, car ce n’est pas une pièce facile. Elle a surtout été bien reçue en Amérique Latine, puisqu’il s’agissait d’une pièce créée pour la Biennale de la Danse de Lyon dont la thématique était l’Amérique Latine.

Avec ce type de travail de reprise – ici d’une pièce relativement ancienne -, faites-vous rimer transmission avec réactualisation ?

M. M. : La pièce va être transmise dans l’état dans lequel on l’a faite il y a maintenant plus de treize ans. Je n’aime pas revenir sur des pièces : quand elles ne me plaisent pas assez, je n’ai pas envie de les remonter ! Mais il se trouve que cette pièce-là, même en la revoyant en vidéo, je ne pense pas la modifier.

Mais le contexte a beaucoup changé, on pense par exemple à ce qui se passe en ce moment au Brésil…

M. M. : Bien sûr. Mais la pièce est suffisamment abstraite pour ne pas faire une allusion très claire à l’Amérique Latine. Et en fait, ce qui caractérisait déjà depuis longtemps l’Amérique Latine est arrivé en Europe : les questions de la dette, du financement international, de la situation des gens qui empire, des ajustements structurels… Cette pièce explore principalement les questions de la domination et de l’appauvrissement des gens.

« Cette pièce explore principalement les questions de la domination et de l’appauvrissement des gens. »

On a également le souvenir de regards, de tensions, presque d’une peur…

M. M. : Oui, de peur, de suspicion, de délation, beaucoup de choses qui se créent dans des régimes autoritaires.

Par quelles étapes passez-vous pour remonter la pièce, vous qui ne faites pas appel à la notation chorégraphique pour conserver vos œuvres ?

M. M. : J’ai une forme de notation qui m’est propre, et je compte beaucoup sur la mémoire corporelle des choses. Ceux qui l’ont dansée s’en souviennent très bien, comme Ennio Sammarco, qui l’a dansée en 2002, et qui m’assiste. Une reprise, c’est toujours plus simple qu’une création ! Avec les danseurs de ma compagnie, il y a beaucoup d’échanges et les choses se construisent au fur et à mesure. Dans le cas présent, c’est différent : on est d’abord sur une question de mémorisation, car tant qu’on n’a pas encore la maîtrise de ce qui est très difficile rythmiquement, on ne peut pas rentrer dans le nerf du sujet.

Les danseurs de l’Opéra peuvent-ils vous amener vers d’autres qualités gestuelles ?

M. M. : J’accepte que les choses soient différentes du moment de la création, mais il y a des fondamentaux qui sont importants, comme l’ancrage au sol, les questions rythmiques et les rapports d’écoute des uns aux autres. La pièce est complètement écrite rythmiquement, mais la musique de Denis Mariotte ne donne absolument aucun repère. Il y a donc une question d’écoute fondamentale entre eux. Pour le moment je vois qu’il y a encore du chemin pour qu’ils arrivent à travailler ensemble d’une autre façon, tout en gardant la personnalité de chacun, car c’est pour moi très important.

 

Propos recueillis par Nathalie Yokel

A propos de l'événement

Les applaudissements ne se mangent pas
du Lundi 25 avril 2016 au Mardi 3 mai 2016
Palais Garnier
Opéra, 10 Place de l'Opéra, 75009 Paris, France

Du 25 avril au 3 mai 2016 à 19h30, le 28 à 20h30. Tél. : 08 92 89 90 90.


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