La Terrasse

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Jazz / Musiques

Les 25 ans de Banlieues Bleues

Les 25 ans de Banlieues Bleues - Critique sortie Jazz / Musiques

Publié le 10 mars 2008

La Seine-Saint-Denis lançait en 1983 son festival de jazz… Un quart de siècle plus tard, Banlieues Bleues s’est installé dans le paysage musical européen comme la plus aventureuse et indépendante manifestation du genre. Avec pour mot d’ordre le même défi qu’au premier jour : « Le rêve en banlieue de la musique des sphères » selon l’expression de son directeur Xavier Lemettre. Rencontre.

Célébrer les 25 ans d’existence de Banlieues Bleues fait apparaître votre festival comme une institution, ce qui cadre mal avec l’image aventurière de la manifestation. Qu’en pensez-vous’
 
Xavier Lemettre : En tant que festival, Banlieues Bleues est d’abord apparu comme un défi, puis au bout d’une dizaine d’années comme un succès, et enfin comme un événement de référence, un temps fort de la vie musicale en France, et l’une des fêtes du jazz les plus importantes au monde. Si cette réputation est « instituée », elle est remise en jeu à chaque édition. Le caractère aventurier, lui, fait partie de notre ligne génétique, qui persiste en se démarquant à la fois des « festivalis commercialis » et des « festivalis institutionnalis » : travailler sans tenir compte des cotations à la bourse des valeurs musicales, préserver indépendance et liberté de création, et se focaliser autant sur l’excellence que sur l’ouverture, l’innovation, la prise de risques, avec les artistes comme avec les publics.

Dans quel état d’esprit général avez-vous conçu cette programmation 2008 ?
 
X. L. : Bien sûr, l’esprit est de proposer comme chaque année le plus beau plateau possible, qui reflète la diversité, la richesse et la vivacité des musiques du jazz et de leurs développements les plus actuels. Mais la programmation est aussi une suite de hasards, de renoncements et de trouvailles de dernière minute. Pour fêter les 25 ans, les envies de départ étaient de renouer avec un certain éclat et plusieurs grands noms, et de lancer une série de clins d’œil – Miles Davis, les jazzmen qui ne jouent pas que du jazz, la boxe, les poètes, l’Afrique du Sud, le côté « outsider » comme Sun Ra -, et enfin de produire quelques événements très spéciaux (le cabaret de Noël Akchoté, ou encore "Subway Moon"). Cette fois, comme par miracle, presque tous les désirs se sont réalisés…
 
« Bannir le tiède, le consensuel et en général les produits industriels. »
En tant que programmateur, quelles sont vos recettes pour vous mettre à l’abri du conformisme ? Comment rester réactif, ouvert, réceptif à la nouveauté face à un monde musical en mouvement permanent ?

X. L. :
Je ne sais pas trop… A part quelques principes simples : bannir le tiède, le consensuel, et en général les produits industriels, être le plus possible au contact des musiciens, « en direct avec l’artisan-producteur », et surtout ne pas programmer sans désir… Pour l’ouverture et la réceptivité, ne jamais travailler seul, mais avec beaucoup – vraiment beaucoup – de pistes, d’informations et de contacts, donc de multiples réseaux, en France, en Europe, dans le monde, et au-delà des frontières de genres et de styles. Et pour la nouveauté, commencer par ne pas se répéter, privilégier la curiosité à ce qu’on connaît déjà, se tenir toujours prêt aux rencontres imprévues, aux chocs potentiels.
Les actions musicales périphériques aux concerts sont une des dimensions supplémentaires de Banlieues Bleues. Et le festival a été pionnier dans ce domaine. Quelle est votre perception de ce travail’
 
X. L. : C’est le miel, le nectar du festival, un sixième sens donné à tous les concerts ; les "actions musicales" ont beaucoup tâtonné au départ – il n’est pas évident de mettre en contact direct des musiciens du plus haut niveau avec des  jeunes ou des néophytes -, mais les résultats humains, pédagogiques et artistiques, ont été tellement forts que les artistes eux-mêmes s’en inspirent et en redemandent. Bien au-delà de l’élargissement des publics, c’est l’occasion précieuse de remettre l’art à sa place, au coeur de l’imaginaire de l’individu comme de la société. Pour nous, la qualité et la profondeur sont là, ce sont à nouveau la quantité et les moyens qui manquent. Mon coup de coeur de cette édition 2008 date de 2007. Il s’agit d’une action musicale du saxophoniste Roy Nathanson qui se pérennise les 29 et 30 mars 2008 en spectacle : "Subway Moon", comédie musicale hallucinée sur le métro avec des kids de Saint-Ouen et des ados de New-York, un projet sans précédent dans l’histoire du festival.
Banlieues Bleues est aujourd’hui installé dans sa maison, à Pantin. Qu’est-ce que cela a changé d’essentiel pour le festival ?
 
X. L. : Une maison, ça fait solide ! La Dynamo est la première salle spécialement construite pour le jazz et les musiques improvisées en France, un outil de travail superbe et précieux pour les musiciens, et un nouveau lieu musical en Ile-de-France. Pour Banlieues Bleues, c’est après des années d’attente la possibilité de développer des activités toute l’année, donc une productivité accrue… Sauf que les financements complémentaires prévus par l’Etat semblent s’être évanouis, au moment où le plus dur était fait !
 
Propos recueillis par Jean-Luc Caradec.


Banlieues Bleues, du 14 mars au 18 avril en Seine-Saint-Denis. Tél. 01 49 22 10 20.

Site : www.banlieuesbleues.org

A propos de l'événement



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