La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Entretien

Le Vent se lève (Les Idiots, irrécupérables ?)

Le Vent se lève (Les Idiots, irrécupérables ?) - Critique sortie Théâtre _Châtenay-Malabry Théâtre Firmin Gémier

Théâtre Firmin-Gémier et TNT / d'après Le Bel aujourd'hui, écriture scénique collective / textes de Pier Paolo Pasolini, 
Comité Invisible, Sade,
Guy Debord,
Philippe Muray,
Edward Bond / conception, réalisation et mes David Ayala

Publié le 28 décembre 2016 - N° 250

Sept ans après le succès de Scanner, David Ayala et ses complices continuent d’explorer l’œuvre de Guy Debord. Devant le flagrant délit du chaos et du marasme mondial, que faire, où puiser des ressources et comment reconstruire un monde vivable ?

Le Vent se lève (Les Idiots, irrécupérables ?) : quel est le sens des trois éléments de ce titre ?

David Ayala : Les trois segments du titre parlent de trois endroits très différents, mais parlent de la même chose. Quand nous avons créé Scanner, autour de l’œuvre de Guy Debord, c’était la première fois qu’un spectacle brassait ses œuvres complètes, dans leurs aspects cinématographique, poétique et politique. Nous l’avons joué soixante fois ; ce spectacle a été vu, reconnu et soutenu, et a provoqué débats et polémiques. Déjà, à l’époque, j’avais la suite dans la tête, inspiré par le film de Lars von Trier, Les Idiots, et persuadé qu’il fallait parler de l’idiotisation globale. La forme des discours produits par le système dominant produit des formes de vie idiotes, en jouant sur la passivité, la servitude volontaire, des impulsions morbides ou mortifères totalement dénuées de sens, notamment l’incitation perpétuelle à la consommation, les images, la cybernétique, ce grand doudou planétaire, très rassurant, technologiquement incroyable mais qui peut tourner au cauchemar. En même temps, et face à ce constat, il se passait plein de choses dans le monde ! Des paroles étaient en train d’être écrites par des gens n’en pouvant plus. On a travaillé pendant trois ans, avec la conviction qu’il fallait évoquer ces paroles positives et pas seulement faire le constat de la catastrophe.

« La force de vie est vraiment dans la société civile : c’est le vent qui se lève. »

Quel a été le déclencheur ?

D. A. : D’abord la volonté de faire entendre la parole d’une critique sociale radicale. Mais pas seulement. Un soir, après une représentation de Scanner, un spectateur nous a interpellés : « Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? » Je voulais continuer à faire entendre la parole de Debord mais aussi répondre à la parole de ce spectateur. Alors que les politiques régissent le monde, la société civile réagit et propose. La force de vie est vraiment dans la société civile : c’est le vent qui se lève. Il y a eu beaucoup d’insurrections dans le monde, des révolutions arabes en passant par l’Ukraine, la Grèce, mais aussi l’Espagne, l’Italie, et, plus récemment, la France (contre la Loi Travail). La réflexion sur ces insurrections, mais aussi sur toutes les nouvelles formes de vies expérimentées aujourd’hui par la société civile (hors partis politiques) qui sont des utopies viables, concrètes et réalisées, nous a amenés aux textes du Comité invisible. Nous avons rencontré ses membres. Ce sont des jeunes gens super forts et qui écrivent très bien ! Ce qu’ils proposent est très constructif, contrairement à ce que les médias veulent faire croire en les caricaturant en terroristes. Ce sont les petits-enfants de Debord. A partir de tout cela, on a construit ce nouveau spectacle.

Quelle est sa trame ?

D. A. : Un groupe de gens se réunit pour écrire un texte. Ils cherchent ensemble à trouver les réponses aux questions que pose notre monde. Ça part d’un constat très noir, mais à partir de films, de textes, de discussions, ils cherchent des réponses, et on voyage pendant trois heures en leur compagnie. Toujours à travers le prisme de l’idiotie, on évoque trois thèmes : la finance, le discours politique, la gouvernance cybernétique mondialisée. Et on se moque vraiment, on rit de cette idéologie considérée comme inattaquable, jusqu’à entrer, à la fin du spectacle, dans la chambre des désirs pour enfin tâcher d’envisager la seule question qui vaille : qu’est-ce que c’est qu’être humain dans ce monde-là ?

Que trouve-t-on dans cette chambre des désirs ?

D. A. : Je crois beaucoup à ce que dit Bond sur la logique de l’imagination contre la logique de la raison. La poésie, la philosophie, l’amour, autrui : tout s’y trouve, mais je ne voulais pas non plus tomber dans l’illusion de la solution. Dans la chambre des désirs il peut y avoir tout. La référence est évidemment à Tarkovski, et je ne veux pas en dire plus, pour ne pas tout révéler. Disons qu’il s’agit de parler collectivement de ce que c’est qu’être humain et de ce qu’on voudrait voir se réaliser pour vivre dans la justice et dans la paix.

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

du Mercredi 18 janvier 2017 au Mercredi 18 janvier 2017
Théâtre Firmin Gémier
254 Avenue de la Division Leclerc, 92290 Châtenay-Malabry, France

à 20h. Tél. : 01 41 87 20 84.  TNT – Théâtre National de Toulouse, 1, rue Pierre-Baudis, 31009 Toulouse. Du 24 au 28 janvier 2017 à 20h30. Tél. : 05 34 45 05 05. Le Liberté, Grand Hôtel, Place de la Liberté, 83000 Toulon. Le 31 janvier à 20h30. Tél. : 04 98 00 56 76. Puis tournée : du 21 au 23 février au Théâtre 95 de Cergy-Pontoise ; le 7 au 10 mars au Théâtre de la Manufacture, CDN Nancy-Lorraine. Du 29 mars au 2 avril au Théâtre 13 à Paris ; du 6 au 10 juin au Théâtre des Célestins, à Lyon.


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