La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Philippe Caubère

Le triomphe de l’esprit de la jeunesse

Le triomphe de l’esprit de la jeunesse - Critique sortie Avignon / 2015 Avignon Théâtre des Carmes – André Benedetto
Crédit photo : Michèle Laurent

Théâtre des Carmes – André Benedetto / La Danse du Diable et Le Bac 68 / de et avec Philippe Caubère

Publié le 26 juin 2015 - N° 234

Prouvant une nouvelle fois sa puissance scénique et son génie interprétatif, Philippe Caubère reprend La Danse du Diable, matrice de son autofiction théâtrale, et la joue en alternance avec Le Bac 68, parenthèse enchantée dans l’histoire.

« On y rit de la nature humaine. »

Cette année, vous revenez encore à Avignon…

Philippe Caubère : Revenir à Avignon ? Mais je n’ai jamais quitté ce festival ! Au Théâtre des Carmes en particulier, mais aussi au Chêne Noir, et dans le festival officiel : c’est une histoire qui continue ! La Danse du Diable était en 1990 aux Carmes : je l’avais joué en solidarité avec Benedetto qu’on menaçait alors du retrait de ses subventions : ça me plaît que ce spectacle soit à nouveau présent dans le paysage d’Avignon.

Pourquoi les deux spectacles en alternance ?

P. C. : Le Bac 68, d’abord parce que j’avais très envie de rejouer cette séquence qui fait partie de L’Homme qui danse, version complète et originale de La Danse du Diable : le théâtre selon Ferdinand, et qui me permet de dire la vérité sur ce qu’a été 68. Mais aussi pour avoir l’occasion de mieux jouer La Danse du Diable, qui dure trois heures, en alternance avec Le Bac 68, qui dure une heure et demie. Le second spectacle est comme un focus sur le premier : histoire dans l’histoire, digression dans le récit ou parenthèse enchantée. J’espère aussi que, comme toujours avec les épisodes, les gens auront envie de voir l’autre quand ils auront vu l’un !

Quelle est la vérité sur 68 que vous voulez révéler ?

P. C. : Je suis un enfant de 68. J’ai déjà fait un spectacle assez férocement critique sur cette époque, mais je voulais témoigner de l’autre aspect, et dire combien 68 nous avait sauvé la vie ! Vous n’imaginez pas l’ambiance dans les lycées, la morale familiale de l’époque ! On ne crevait pas de faim, certes, ce n’était pas la crise, on n’avait pas peur du sida, mais on menait une vie arriérée. 68 a constitué un appel d’air extraordinaire, et autour de cette année-là, toutes les années 60, le rock’n’roll, les luttes de libération dans le monde entier, les combats pour l’indépendance. Je n’ai pas la prétention de raconter tout ça en l’analysant, mais je veux montrer comment ça se passait dans les familles de la petite bourgeoisie du midi de la France, comment le jeune homme que j’étais a sauté sur l’occasion et comment ça a marqué toute sa vie.

68 a aujourd’hui mauvaise presse. Comment l’expliquez-vous ?

P. C. : C’est un discours surprenant qui vient pourtant de gens qui ne sont pas idiots et qui sont censés avoir un regard percutant. Comment l’expliquer ? Une sorte de passion qui les aveugle ; ou disons plutôt qu’ils font preuve de myopie. L’esprit partisan des gens de droite les empêchent de voir ce dont eux-mêmes profitent. La culture, le théâtre, le cinéma n’étaient pas les mêmes avant ces années-là. Il faut mesurer ce que ce mouvement gigantesque a produit comme art, musique, philosophie, façon de vivre ensemble autrement. C’est une véritable révolution ! Mais comme elle n’a pas fait de morts, on ne la respecte pas. On ne respecte que celles qui ont connu des terreurs. Je ne comprends pas l’aveuglement idéologique de ces gens qui refusent d’admettre l’importance des années 70 et leur tsunami d’énergie : il y a là une forme d’ingratitude par rapport à notre propre histoire. Qu’on le veuille ou non, c’est une révolution qui a marché. La Commune a échoué, les acquis de 68 sont restés. Le vrai pouvoir est resté à la rue, à la jeunesse qui l’a pris à ce moment-là. Nous continuons à interroger la vie et nos relations avec les autres à la lumière de ce qui a explosé en 68.

Parenthèse enchantée, dites-vous. Paradis perdu ?

P. C. : Je ne divinise pas 68, mais la jeunesse ne s’y trompe pas. Les jeunes sont extrêmement curieux de cette époque-là. Autant que je l’étais quand j’interrogeais ma mère sur l’Occupation. Mais à la question : est-ce que c’était si bien que ça ? Je réponds : oui, et tu en profites encore aujourd’hui. Flambeau, saisie de la braise à main nue : 68 a marqué le triomphe de l’esprit de la jeunesse. Bien sûr il y a eu des pots cassés, il y a eu des délires, mais l’esprit réactionnaire en produit autant, sinon plus. Et puis je veux aussi raconter la drôlerie de cette époque. Ce spectacle est un divertissement, il n’a pas d’autre ambition ! Tout ça relève de la comédie : c’est un théâtre fait pour faire rire. Ce n’est pas un rire sarcastique qui relève de cet humour invasif au deuxième degré qui est toujours le même ; ce n’est pas le rire du ricanement généralisé. On y rit de la nature humaine, de ce que nous sommes, de ce que je suis.

 

Propos recueillis par Catherine Robert

A propos de l'événement

La Danse du Diable et Le Bac 68
du Samedi 4 juillet 2015 au Dimanche 26 juillet 2015
Théâtre des Carmes – André Benedetto
6 Place des Carmes, 84000 Avignon, France

Avignon Off.  . 


à 20h, en alternance. Tél. : 04 90 82 20 47.


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