La Terrasse

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Théâtre - Critique

Le Roi s’amuse

Le Roi s’amuse - Critique sortie Théâtre
© Andy Parant légende : Denis Lavant et Linda Chaïb incarnent le père et la fille de ce mélodrame virant à la farce noire.

Publié le 10 décembre 2010

Un mélodrame farcesque excessif et post-moderne agencé par François Rancillac, dans une cour obnubilée par la jouissance immédiate. Denis Lavant y incarne un Bouffon exacerbé et bouleversant.

Une cour clinquante et pervertie s’adonnant sans limites au divertissement et à la jouissance immédiate, sans que jamais la vie de la cité ne soit même mentionnée : voilà la cour de François 1er réinventée par notre cher Victor Hugo, et on ne s’étonne guère que lorsque la pièce fut créée en 1832, dans une période de très grands désordres politiques, elle fut dès le lendemain interdite tant les attaques contre les courtisans y sont véhémentes. Aucune lumière d’espoir dans ce mélodrame qui relève quasiment de la farce noire, où chacun agit selon son bon plaisir… François Rancillac actualise clairement la mise en scène par une scénographie qui transforme la cour en une sorte de boîte déjantée tapissée de miroirs : un univers de paillettes et d’apparence toute-puissante où les nantis ne prennent même pas la peine de dissimuler leur appétit sexuel, mais au contraire se vautrent allègrement dans la luxure. Un univers où seul compte le présent avec ce qu’il peut offrir, sans entraves. En lorgnant ce défilé décadent, on a évidemment une pensée pour le pitoyable et néanmoins puissant “cavaliere“ Berlusconi, et on craint aussi que la mise en scène ne s’enlise dans une allure contemporaine post-moderne trop caricaturale. Un papi distingué quitte d’ailleurs la salle à ce moment-là – environ quinze minutes après le début de la représentation – en maugréant un commentaire pas distingué du tout.

Bouffon monstrueux et pathétique

La pièce prend sens lorsqu’elle met en lumière deux figures de père profondément blessés qui n’ont pu éviter à leurs filles de devenir les proies du Roi. Le metteur en scène a raison lorsqu’il souligne que la pièce est avant tout « un drame de la filiation, ou plutôt de l’absence de filiation ». Lorsque Monsieur de Saint-Vallier arrive, maudissant le Roi qui a déshonoré sa fille Diane de Poitiers, on est heureux de son irruption contradictoire. Mais le cœur de l’intrigue et ses rebondissements reposent sur un autre père. Le bouffon du Roi, Triboulet, difforme, laid, clopinant, haï par les jeunes courtisans, dissimule sous son “masque rieur“ un cœur de père. Il aime d’un amour exclusif sa fille Blanche (Linda Chaïb, très juste), son seul bonheur et sa seule richesse, qu’il enferme dans une maison isolée. Une proie bien vulnérable pour le Roi, qui ne va pas se gêner et susciter la fureur et le désir de vengeance de Triboulet. Denis Lavant incarne ce Bouffon monstrueux et pathétique, avec une impressionnante maîtrise, de façon à la fois grandiloquente et bouleversante, montrant bien comment ses égarements effarants dans la colère ou l’amour causent son malheur. On peut ne pas apprécier quelques excès rocambolesques de l’intrigue, et une scène finale un peu longue.

Agnès Santi


Le Roi s’amuse de Victor Hugo, mise en scène de François Rancillac. Du 10 novembre au 12 décembre 2010. Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h, relâche exceptionnelle le 16 novembre. Théâtre de l’Aquarium, Cartoucherie, 75012 Paris. Tél : 01 43 74 99 61. Durée : 2h10.

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