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Théâtre - Critique

« Le Grand défilé » d’Edith Amsellem détourne les codes de la mode pour interroger et déconstruire le regard porté sur le féminin.

« Le Grand défilé » d’Edith Amsellem détourne les codes de la mode pour interroger et déconstruire le regard porté sur le féminin. - Critique sortie Théâtre Brétigny-sur-Orge Théâtre de Brétigny
Le Grand défilé d’Edith Amsellem © Edith Amsellem et Marguerite Ruggirello

Théâtre de Brétigny / Texte de Edith Amsellem, Marianne Houspie, Léo Landon Barret, Myriam Lehman, Anna Longvixay / Mise en scène d’Edith Amsellem

Publié le 30 août 2026 - N° 346

Dans Le Grand défilé, Edith Amsellem mêle artistes professionnelles et amateures dans une forme qui détourne les codes de la mode pour interroger et déconstruire le regard porté sur le féminin. Sans aller au-delà des évidences.

L’avertissement qui précède Le Grand défilé d’Edith Amsellem au Carreau du Temple, où nous le découvrons dans le cadre du festival Paris l’été, installe une ambiguïté, un flou sur le statut de ce que nous nous apprêtons à voir. En demandant au public de ne pas toucher les interprètes, dont on nous dit aussi que neuf sur douze sont amateures et qu’elles ont été en immersion avec la compagnie pendant deux jours et demie, la voix off qui s’adresse aux spectateurs installés en bi-frontal de part et d’autre d’un couloir vide affirme en effet des règles qui lors d’un spectacle n’ont pas besoin d’être énoncées. Lors de ce préambule dont rient ne permet de dire s’il est le fait du lieu ou du festival qui accueille la création ou de l’équipe artistique elle-même sont aussi évoqués des problèmes rencontrés par cette dernière lors de précédentes représentations. Réalité ou fiction visant à souligner la dimension politique, audacieuse de la proposition ? Là encore, aucun élément du Grand défilé ne nous permet de trancher. Reste qu’au regard de la forme qui se déploie en deux temps, l’un sur le couloir sous la forme d’un défilé et l’autre dans un espace proche où les spectateurs sont invités à déambuler, la mise en garde liminaire semble disproportionnée.

Du stéréotype à l’individu

Sans doute la pièce aurait-elle gagné en ampleur et en étrangeté dans un espace non-théâtral comme aime à les explorer Edith Amsellem depuis ses débuts. En comparaison de ses Liaisons dangereuses d’après Laclos joué sur des terrains multisports ou encore de son Yvonne, princesse de Bourgogne pour château-toboggan, Le Grand défilé manque aussi d’une écriture et d’un récit assez solide pour se hisser à la hauteur de ses ambitions : interroger et déconstruire le regard porté sur le féminin. Dans la première partie du spectacle, les figures féminines – la vierge, la pute, la ménagère ou encore la sorcière – qu’incarnent les comédiennes grâce aux costumes ou sculptures textiles réalisées par Colombe Loriot à base de matériaux recyclés, peinent à prendre corps. Trop court, le temps du défilé ne leur permet pas de développer une gestuelle assez complexe pour vraiment camper les stéréotypes et encore moins pour les questionner. Les textes co-écrits par Edith Amsellem, les trois interprètes professionnelles du projet – la contorsionniste Myriam Lehman, Anna Longvixay et l’actrice trans Léo Landon Barret – et Marianne Houspie s’arrêtent au même endroit que la partition physique. La suite qui se tient dans de soi-disant backstages est à l’avenant. Installées cette fois sur de petites scènes individuelles où on les voit ôter leurs costumes, les douze mannequins deviennent femmes. Mais en disant leur libération avec la même brièveté et les mêmes grands traits que l’enfermement, leurs voix font assez pâle figure face aux combats féministes actuels et aux nombreuses œuvres qui leur sont dédiées. La dimension relativement conceptuelle de ce Grand défilé a également tendance à le vider de son potentiel critique pourtant hautement revendiqué.

Anaïs Heluin

A propos de l'événement

"Le Grand défilé"
du samedi 26 septembre 2026 au samedi 26 septembre 2026
Théâtre de Brétigny
1 Grande Rue, Marolles-en-Hurepoix (91)

à 16h et 19h. Tel : 01 60 85 20 85. Également le 9 octobre au FAB – Festival International des Arts de Bordeaux (33), le 24 avril 2027 au Théâtre du Fil de l’Eau à Pantin (93), le 22 mai au Théâtre de Grasse (06) et du 3 au 6 juin au Festival Toustes Dehors à La Passerelle – Scène Nationale de Gap (05). Durée : 1h.

 

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