La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

Le Cercle des Castagnettes

Le Cercle des Castagnettes - Critique sortie Théâtre
Crédit : Christophe Raynaud de Lage Légende : « Gilles David, et la petite philosophie des monologues de Feydeau. »

Publié le 10 avril 2012 - N° 197

Avec une large bergère pour seul accessoire, Gilles David délivre avec mordant la belle insouciance moqueuse des Monologues fantaisistes de Feydeau.

Le Cercle des Castagnettes est le nom de la troupe de théâtre fondée par le lycéen Feydeau. Alain Françon et Gilles David reprennent cette appellation poétique pour un spectacle articulé sur une dizaine de monologues, des publications de jeunesse de Feydeau de 1881 à 1890, inspirés de la vie quotidienne et politique du temps. Ces monologues ludiques sont souvent écrits en vers. Gilles David endosse le rôle du personnage bavard qui lance à la dérive certitudes et préjugés. Avec Les Réformes, l’allusion satirique à la réalité contemporaine s’impose, sur la révision constitutionnelle de 1884, une révision partielle voulue par Jules Ferry et les républicains, alors que les radicaux réclamaient une refonte totale de la Constitution de 1875. Le candidat benêt à la députation se vante : « D’ailleurs, j’ai des affiches … tout dépend des affiches dans les élections. Il y a mon nom en grosses lettres…avec mon portrait… pour ceux qui ne savent pas lire. » Les sujets abordés varient dans la critique des institutions : «  Comme pour l’armée ! La loi de trois ans : je la repousserais. En principe, pour être plus tard un bon citoyen, il faudrait rester soldat au moins toute sa vie. » Au spectateur de faire la part des choses.

Aventures dérisoires et inavouables

Patte en l’air évoque naïvement une situation loufoque et burlesque : un chien prend le pantalon du conteur pour un réverbère ! Tout à Brown-Séquard fait allusion aux expériences aventureuses du médecin physiologiste Brown-Séquard auquel on doit des essais de restauration de forces chez les vieillards par des injections de sucs testiculaires. Et Trop vieux évoque la réalité triviale de la figure du mâle frustré : « Chut ! pas un mot ! Elle était belle ! Hier au soir j’ai fait un faux pas… Chut ! Je suis un mari fidèle… Mais, parbleu ! La chose était sûre, Bien non ! … Je n’étais pas trop vieux !! » Le héros de Potache est la victime d’un quiproquo : il confond le maître d’hôtel avec le maître de maison… Ces beaux parleurs semblent bien naïfs et niais, objets d’aventures dérisoires autant qu’inavouables ; des citoyens en apparence gentils mais dangereux, du fait de leurs opinions approximatives et des a priori simplistes de leur lecture du monde. Leurs inconséquences provoquent  un rire amer et grinçant car la société nourrit une violence sourde contre ses sujets fragiles. Ce théâtre-là fraie avec l’absurdité d’une existence en folie dans laquelle nous nous reconnaissons. Gilles David incarne à merveille la crédulité de ces diseurs de monologues, leur confiance excessive en des détails piètres et ridicules. L’inexpérience de certains concitoyens ne cesse d’étonner, un spectacle en soi.

Véronique Hotte


Le Cercle des Castagnettes, monologues de Georges Feydeau, mise en scène d’Alain Françon et de Gilles David. Du 22 mars au 22 avril 2012, relâches les 7 et 8 avril. Du mercredi au dimanche à 18h30. Studio-Théâtre de la Comédie-Française, 75001 Paris. Tél : 01 44 58 98 58

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