Théâtre - Critique

L’Angoisse du roi Salomon

Bruno Abraham-Kremer en Salomon Rubinstein. Crédit : Pascal Gely

Théâtre du Petit Saint-Martin / d’après le roman de Romain Gary (Emile Ajar) / adaptation et mes Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco

Bruno Abraham-Kremer interprète avec une maestria jubilatoire l’adaptation du roman de Romain Gary, réalisée avec Corine Juresco. Un magnifique spectacle, drôle et bouleversant.

Le théâtre offre parfois des miracles d’intelligence et d’équilibre, quand tout concourt à la réalisation d’une œuvre sans défaut. L’Angoisse du roi Salomon est de ceux-là. La scénographie de Jean Haas aménage des espaces de jeu qui permettent au comédien de faire apparaître les différentes étapes du récit avec une évidence éblouissante. La magnifique bande-son de Mehdi Ahoudig soutient l’interprétation avec une remarquable intelligence du contexte historique et psychologique. La mise en scène, millimétrée, impose un rythme haletant aux aventures des personnages, que le comédien Bruno Abraham-Kremer interprète avec une aisance, une humanité, une gouaille et une finesse éblouissantes. Loin des spectacles pontifiants et faussement profonds où les passions tristes se drapent dans des envolées métaphysiques et dépressives grotesques, celui-là rappelle cette modeste évidence : le théâtre est affaire d’homo fabulator, tout au plaisir de raconter et d’écouter une histoire ! Bruno Abraham-Kremer excelle dans le rôle du conteur et sa joie est contagieuse : on embarque avec lui dans l’odyssée de Jean avec une délectation suprême !

Bruno Abraham-Kremer en roi de la scène

Le texte de Romain Gary est adapté avec brio. Il raconte les aventures d’un petit gars audacieux et débrouillard, gueule de voyou et gueule d’amour. Jean, chauffeur de taxi, rencontre, à l’occasion d’une course commencée boulevard Haussmann, l’élégant Salomon Rubinstein, prince du prêt-à-porter, qui a fait fortune dans le pantalon et s’emploie à « prodiguer ses largesses à ceux qui n’y croient plus ». Jean devient l’homme de main et l’automédon personnel de cet étrange mécène de l’humanitaire, qui soigne ses semblables à grand renfort de fruits confits et de bouquets. Grâce à Salomon, Jean fait la connaissance de Cora Lamenaire, ancienne chanteuse réaliste d’avant-guerre dont la carrière s’est arrêtée à la Libération. A force de chanter l’amour, la belle Cora avait oublié qu’on ne peut pas coucher avec n’importe qui : sa passion pour un maquereau collabo l’a réduite à finir comme dame pipi dans le Paris des années 60. Mais Cora est le seul amour de Salomon, qui a passé les années d’Occupation planqué dans une cave obscure sans que la belle écervelée, occupée à roucouler pour les Boches ne trouve le temps de venir visiter le ténor du bénard ! Jean parvient à réconcilier ces deux solitudes, au terme d’aventures rocambolesques que Bruno Abraham-Kremer narre avec malice et tendresse. En histrion protéiforme, il interprète cette belle histoire avec une aisance et un talent éblouissants. L’ensemble compose un étincelant spectacle.

Catherine Robert

A propos de l'événement

L’Angoisse du roi Salomon
du Mardi 23 janvier 2018 au Samedi 17 février 2018
Théâtre du Petit Saint-Martin
17, rue René-Boulanger, 75010 Paris

Du mardi au vendredi à 20h30 ; samedi à 16h30 et 20h30. Tél. : 01 42 08 00 32. Durée : 1h40.


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