La Terrasse

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Théâtre - Entretien

L’Amour et la Vérité : même combat !

L’Amour et la Vérité : même combat ! - Critique sortie Théâtre Nanterre LA FORGE

La Forge / Phèdre ou de la Beauté / de Platon / conception, adaptation et interprétation Patrick Schmitt
Entretien Patrick Schmitt

Ce dialogue entre le jeune Phèdre et Socrate a plus d’une corde à son arc : c’est une stratégie de séduction, une peinture de l’âme humaine et une synthèse de la philosophie platonicienne. Patrick Schmitt, directeur de La Forge à Nanterre, s’en empare. 

Que relate le Phèdre de Platon ?

Patrick Schmitt : Tout commence au petit jour à Athènes. Le jeune Phèdre vient de sortir d’un cours de rhétorique, celui du sophiste Lysias, qui a tenu un discours qui a subjugué Phèdre, dans lequel il démontre qu’il vaut mieux « accorder ses faveurs à un homme qui n’aime pas, plutôt qu’à un homme amoureux. » Socrate comprend le jeu amoureux qui se trame et entreprend de reconquérir Phèdre  à travers un contre-discours grandiose faisant au contraire l’éloge de la folie amoureuse, qui est inspirée par les dieux. Précisant sa pensée, il évoque et définit aussi la nature de l’âme humaine.  Enfin, Socrate prend un malin plaisir à dénigrer les rhéteurs et sur le chemin de la vérité défend la dialectique contre la rhétorique. L’art oratoire véritable est guidé par la vérité et non l’opinion, le vrai et non le vraisemblable. La technique de Socrate, habile et malicieux, amène son interlocuteur à des remises en cause et des questionnements, c’est tout le fonctionnement de la maïeutique.

Comment avez-vous eu l’idée de créer cette œuvre sur une scène ?

 

P. S. : C’est parti d’une intuition, qui a mûri et a nécessité un travail de plusieurs années avant de se concrétiser ! Je connaissais Le Banquet, qui traite aussi de l’amour, mais qui est dépourvu du moteur dramatique agissant dans Phèdre. Or pour porter une oeuvre à la scène,  dire un grand texte ne suffit pas, quelque chose doit animer l’acteur. La rivalité entre Lysias et Socrate, la reconquête de Phèdre par Socrate constituent des ressorts dramatiques intéressants, même s’ils ne doivent pas être exploités outre mesure afin de ne pas polluer le sublime dialogue. Une fois l’adaptation achevée, je me suis dit que la rencontre entre la scène et la salle ne pouvait avoir lieu que dans un rapport frontal, avec un seul et même acteur pour interpréter les personnages de Socrate et Phèdre. Lors d’une lecture à La Forge  voici deux ans, je me suis rendu compte que ce parti pris fonctionnait. Signalons que cette année, l’œuvre est au programme des maths spé.

La philosophie de Platon est donc empreinte d’une certaine théâtralité…

P. S. : Ce que j’aime chez Platon, c’est que c’est une philosophie incarnée. Tous les discours sont en dialogues. Et Phèdre expose le cœur de la philosophie platonicienne, se rattachant aux systèmes de la réminiscence et des Idées, avec le monde intelligible en opposition au monde sensible. Socrate dépeint le cortège hétéroclite des âmes jusqu’à la voûte céleste – celles des dieux légères et fortes, celles des hommes à la suite, procédant avec peine -, jusqu’à la contemplation plus ou moins accomplie du Vrai et du Beau, contemplation qui, une fois les âmes redescendues, surgira par réminiscences. Ainsi, se référer à son âme, c’est se référer à l’âme du monde, au divin.

Comment incarner ce dialogue ?

« Ce que j’aime chez Platon, c’est que c’est une philosophie incarnée. »

P. S. : La scène d’exposition commence par une didascalie puis un dialogue rapporté, et au fur et à mesure je rentre dans les rôles. On n’est donc pas dans l’incarnation totale, le jeu trouve son équilibre dans la nuance et une certaine distance. Tout cela nécessite une direction d’acteurs très exigeante et très précise, c’est pourquoi j’ai fait appel à Emmanuelle Meyssignac. Le rythme et le phrasé doivent permettre une compréhension fine de ce texte extraordinaire. Il faut que ce soit d’une clarté incroyable !

Propos recueillis par Agnès Santi

A propos de l'événement

Phèdre ou de la Beauté
du Mercredi 23 janvier 2013 au Dimanche 10 février 2013
LA FORGE
17-19 rue des Anciennes Mairies, 92000 Nanterre
Du 23 janvier au 10 février, du mercredi au samedi à 20h30, dimanche à 16h. Tél : 01 47 24 78 35.
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