La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Théâtre - Critique

La Tempête

La Tempête - Critique sortie Théâtre
Crédit photo : DR Légende photo : Lucile Cocito, Hélène Gedilaghine et Jochen Haegele dans La Tempête.

Publié le 10 novembre 2011 - N° 192

Lucile Cocito adapte et met en scène La Tempête, de Shakespeare : un traitement original et inventif des aventures de Prospero (devenue Prospera), qui peine néanmoins à complètement convaincre…

Prospero, dépossédé de son duché milanais par la fourberie de son frère et du roi de Naples, a passé quinze ans sur une île en compagnie du monstrueux Caliban, du fidèle Ariel et de quelques esprits. Une fois sa fille Miranda élevée, et sa connaissance des arcanes de la magie rendue efficace par l’entraînement et l’étude, il peut enfin assouvir sa vengeance contre les traîtres, dont il abîme les vaisseaux sur les rivages de sa retraite. Choisissant d’adapter la fable shakespearienne, Lucile Cocito s’autorise des libertés textuelles et scénographiques piquantes et amusantes. Elle incarne elle-même Prospero, devenue Prospera, sorte d’amazone autoritaire et dominatrice. Elle transforme la tempête en orage galactique, l’île déserte en planète désolée, et installe le spectacle dans la science-fiction. Sur un écran en fond de scène, apparaissent successivement les images de l’antre de la magicienne, d’un désert de sable, d’une forêt hostile, du palais des fiançailles de Miranda et Ferdinand. Au sol, un tapis de brusan permet de prolonger les effets du décor projeté. Les costumes de Selma Kip contribuent à créer une ambiance originale, plus proche de Frank Herbert que des Elisabéthains…
 
De bonnes idées inabouties
 
Passé l’effet de surprise, indéniablement jouissif, reste que l’ensemble s’enlise un peu. Lucile Cocito et les siens demeurent en deçà de l’aspect loufoque et déjanté qu’aurait pu prendre ce spectacle s’il avait complètement exploité son savoureux parti pris d’adaptation et de transformation. Les effets magiques (un maladroit Ariel à roulettes, des combats lumineux assez grossiers et des esprits aux tentacules bricolées en laine chenille) sont répétitifs et assez poussifs. Par ailleurs, et peut-être surtout, le jeu des comédiens demeure naturaliste et monochrome, dans un espace scénique affadi par cette sagesse appliquée. Le hiatus entre l’idée première, gaiment délirante, et sa réalisation, trop posée, fait perdre de sa force au texte de Shakespeare, dont les enjeux moraux et métaphysiques se dissolvent peu à peu. Dommage que Lucile Cocito, contrairement à Prospero, n’aille pas au bout de sa folie…
 
Catherine Robert


La Tempête, de William Shakespeare ; adaptation et mise en scène de Lucile Cocito. Du 14 octobre au 13 novembre 2011. Du mardi au samedi à 20h ; le dimanche à 15h. Théâtre du Soleil, Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris. Tél : 01 43 74 24 08.

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