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Classique / Opéra

La saison « Les Grandes Voix », comme son nom l’indique.

La saison « Les Grandes Voix », comme son nom l’indique. - Critique sortie Classique / Opéra Paris Théâtre des Champs-Élysées
Frédérique Gerbelle

MUSIQUE CLASSIQUE

Publié le 21 janvier 2020 - N° 283

En 25 ans d’existence, la série Les Grandes Voix est devenue le lieu d’expression de prédilection des chanteuses et chanteurs les plus importants de la scène internationale. Les stars s’y expriment en liberté, les étoiles montantes s’y épanouissent en toute confiance… Récitals avec piano ou avec orchestre, oratorio et opéras en version de concert se succèdent, le plus souvent au Théâtre des Champs-Elysées mais parfois aussi à la Salle Gaveau et à la Philharmonie, brassant un vaste répertoire, du baroque au bel canto en passant par la musique française. Parmi les prochains invités en ce début d’année : Elsa Dreisig le 28 janvier, le Requiem de Mozart le 29 janvier et Roberto Alagna le 6 février. Plus qu’une saison de concerts, un enchantement.

Rencontre avec Frédérique Gerbelle, directrice de la série « Les Grandes Voix », décrypte les spécificités de la voix.  

Comment avez-vous décidé de vous consacrer à la production de concerts presque exclusivement dédiés à la voix ?

Frédérique Gerbelle : Après l’arrêt des Lundis de l’Athénée de Pierre Bergé, il n’y avait plus de série de récitals vocaux à Paris. Jean-Pierre Le Pavec, alors directeur du Festival de Saint-Denis, a eu l’envie d’en établir une à Paris sur le modèle du Wigmore Hall de Londres, afin que le public parisien puisse apprécier l’intimité du récital et le répertoire de la mélodie française. Nous avons été guidés par notre passion commune pour la voix, et il nous semblait qu’il manquait quelque chose dans l’offre musicale parisienne… C’était il y a 25 ans et nous avons depuis présenté en concert, sous un jour différent de celui de l’opéra, des artistes tels que Rolando Villazón, Roberto Alagna, Juan Diego Flórez, Anna Netrebko, Joyce DiDonato, Patricia Petibon, Jonas Kaufmann… et beaucoup d’autres !

« UN RÉCITAL C’EST UN PEU LE PORTRAIT DE L’ARTISTE EN SCÈNE. »

Entendre de grands chanteurs dans le format d’un récital est une expérience particulière…

Frédérique Gerbelle : Dans une production d’opéra, l’artiste endosse un rôle. Même s’il y met de sa personnalité vocale et de son jeu théâtral, il incarne avant tout un personnage. Dans un récital avec piano ou avec orchestre, où le chanteur s’exprime seul, sans l’intervention d’un metteur en scène, il apparaît tel qu’en lui-même. Sans artifice, dans la vérité d’un face-à-face avec la musique qu’il chante et avec le public. Un récital c’est un peu le portrait de l’artiste en scène. Il met beaucoup de lui-même dans le choix des pièces. En général le programme reflète non seulement le répertoire de l’artiste et ses goûts, mais aussi ce qu’il veut explorer, ce vers quoi il tend artistiquement. Il y est sans doute plus seul, et plus libre.

En quoi les chanteurs sont-ils selon vous des musiciens « à part » ? 

Frédérique Gerbelle : Déjà le chanteur est son propre instrument. Quel stress ! De plus, il passe finalement la plupart de son temps « en troupe », il a peu de période seul en scène. Il a donc besoin d’être davantage entouré. En récital, le chanteur est très exposé. Il a quasiment toute la responsabilité de la réussite du spectacle sur les épaules. Le chant doit être parfait, il doit séduire le public, aller le chercher, le tenir jusqu’à la fin. Il faut aimer cet exercice pour que ça marche.

Existe-t-il dans d’autres villes du monde avec des séries équivalentes aux Grandes Voix ?

Frédérique Gerbelle : Avec ce modèle économique, sans le moindre apport financier public, je ne crois pas ! Des institutions proposent des récitals mais plus modestes et avec des subventions. Ce qui change tout… L’équilibre financier est simple : ce que vous gagnez avec le concert d’un très grand nom, vous le perdez 3 fois avec des artistes de moindre célébrité. Heureusement le talent fou de tous les artistes que nous présentons sur scène nous donne de l’énergie pour continuer l’aventure des « Grandes Voix ».

Propos recueillis par Jean Lukas

 

Prochain concert :

Elsa Dreisig signe l’album « Morgen » et chante Strauss, Rachmaninov et Duparc aux Grandes Voix, avec Jonathan Ware au piano.

Comment avez-vous choisi ce programme ?

Elsa Dreisig : Il coïncide avec mon CD à paraître le 10 janvier chez Warner, Morgen, qui en allemand veut dire à la fois « matin » et « demain ». Le programme joue avec cette signification, il s’agit d’une sorte de voyage initiatique dont le socle est les Quatre derniers lieder de Strauss. Avec mon pianiste Jonathan Ware, nous nous sommes aperçus que les mélodies de Duparc font écho à la perfection au cycle de Strauss car ces deux compositeurs montrent une grande sensibilité pour la voix. De même Rachmaninov se marie très bien avec eux, en apportant un univers russe. Le fil rouge est donc ce voyage initiatique à travers les différentes saisons qui sont aussi un miroir des saisons de l’âme ou de la vie.

Comment abordez-vous le récital ?

E. D. : Si l’opéra représente la forme absolue, il y a dans le récital une insolence, une liberté qui permettent d’approcher au plus près de ce qu’est un musicien ou un chanteur. Je vois le récital comme une recherche, un travail personnel du même ordre que la psychanalyse par exemple, où on accepte d’être vulnérable sans être caché comme à l’opéra derrière les costumes, les lumières, les collègues… Le récital m’est essentiel, mais ne faire que cela m’épuiserait. Ce serait comme faire un sprint constamment !

 

Propos recueillis par Isabelle Stibbe

Mardi 28 janvier à 20h.
Théâtre des Champs-Élysées
15 avenue Montaigne, 75008 Paris

Tél. : 01 49 52 50 50.

 

La série « Les Grandes Voix » vue par le ténor péruvien Juan Diego Flórez. 

« Les Grandes Voix m’ont donné l’opportunité d’être en contact permanent avec mon public parisien aussi bien en opéra en version de concert qu’en récital. Ils m’ont toujours soutenu dans mes projets artistiques. Avec eux j’ai fait mes débuts dans deux rôles (dans La Favorite et plus récemment dans Manon), que j’ai ensuite interprétés dans des opéras internationaux. J’attends avec impatience de nombreux autres projets ensemble ! »

Propos recueillis par Jean Lukas

 

 

 

 

 

A propos de l'événement

LES GRANDES VOIX
du Mardi 28 janvier 2020 au Mardi 28 janvier 2020
Théâtre des Champs-Élysées
15 avenue Montaigne, 75008 Paris

Tél. : 01 49 52 50 50.


www.lesgrandesvoix.fr


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