La Terrasse

"La culture est une résistance à la distraction" Pasolini

Avignon - Entretien Marion Bierry

La Ronde d’un monde en train de disparaître

La Ronde d’un monde en train de disparaître - Critique sortie Avignon / 2011

Publié le 10 juillet 2011

La Ronde de Schnitzler propose un étonnant échantillon de la modernité artistique viennoise du début du 20ème siècle, à travers une pièce novatrice tant sur le plan de la forme – une succession en ronde de tableaux de couples sur le point de faire l’amour – que parce qu’elle traite du désir et de la sexualité. La mise en scène de Marion Bierry en offre une version qui s’attache à se faire l’écho de la liberté joyeuse d’un monde en train de s’éteindre.

Vous avez monté beaucoup d’auteurs contemporains, pourquoi ce choix plus classique ?
Marion Bierry : Autant j’ai monté Belbel ou Lee Hall alors qu’ils n’étaient pas connus parce qu’il y avait eu avec eux une rencontre foudroyante, autant le texte de Schnitzler m’a longtemps poursuivi. Il m’est tombé dessus quand je suis rentrée au conservatoire de Vienne, puis j’ai eu le déclic pour le mettre en scène en en confiant la lecture à des étudiants. C’est là que je me suis dit : il y a un lieu à la base, une espèce de bouge qui se fragmente, qui rassemble les personnages au début, et où ils se retrouvent ensuite, tandis qu’ils ont été fauchés par la guerre.
 
 « Un texte métaphysique où le plaisir est une chose essentielle. »
Qu’est-ce qui vous attache tant à ce texte ?
M.B : Sa musique. A Vienne, comme en Italie, on s’écoute parler. Et cela produit un bavardage musical qui permet de dire des choses profondes, tellement profondes qu’on ne peut pas les dire sérieusement. Cette légèreté est revendiquée par Schnitzler à la manière d’un Beaumarchais qui dit qu’il faut rire du monde pour ne pas en pleurer. Et sa pièce tend selon moi à rendre précieux le vivant. C’est en effet un texte métaphysique où le plaisir est une chose essentielle. Il témoigne d’une foi en l’homme et en son audace qu’il faut faire entendre dans la société d’aujourd’hui où la mort nous est rendue tellement présente qu’elle fait de nous des êtres frileux.

Comment cette foi en l’homme se traduit-elle ?
M.B : Syphilis ou pas, les personnages se jettent dans la sexualité et témoignent d’un monde – la Vienne d’avant-guerre – dont Schnitzler pressent parfaitement qu’il est en train de disparaître. La joie y fait résonner le désespoir, le jouir n’y est pas uniquement dépossession de l’autre, et la prostituée que rencontre au début un soldat, à la fin, le comte la nomme et la rhabille.

Propos recueillis par Eric Demey


Avignon Off. La Ronde de Schnitzler, mise en scène de Marion Bierry, du 6 au 29 juillet à 20 h au Théâtre Girasole, 24 bis rue Guillaume Puy. Tel : 04 90 82 74 42.

A propos de l'événement



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