La Terrasse

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Théâtre - Entretien

La Double mort de l’horloger

La Double mort de l’horloger - Critique sortie Théâtre Paris Théâtre national de Chaillot
Le metteur en scène André Engel. Crédit : Richard Schroeder

Chaillot/ D’après Ödön von Horváth / mes André Engel
Entretien André Engel

Publié le 25 août 2013 - N° 212

André Engel place en regard deux pièces d’Ödön von Horváth (Meurtre dans la rue des Maures et L’Inconnue de la Seine) au sein d’une même représentation. Deux pièces construites à partir d’un même socle dramaturgique : les répercussions de la mort d’un horloger sur la vie de son meurtrier.

Comment expliquez-vous la reprise du même thème, par Ödön von Horváth, dans deux pièces écrites à dix ans d’intervalle ?

André Engel : La chose que je peux dire, c’est que d’autres pièces de Horváth sont construites à partir d’enquêtes policières et de faits-divers criminels. C’était, pour lui, un cadre permettant de développer le sujet de la pulsion de mort et ainsi toucher au métaphysique. Mais au-delà du fait que Meurtre dans la rue des Maures et L’Inconnue de la Seine (ndlr, respectivement écrites en 1923 et 1933) traitent toutes deux du meurtre d’un horloger, les mondes et les problématiques qu’éclairent ces deux pièces sont très différents.

Leurs écritures sont également très différentes…

A. E. : Oui. En 1923, Horváth se situe encore dans une sorte d’expressionisme teinté de lyrisme. Son écriture révèle d’ailleurs des correspondances troublantes avec celle du jeune Brecht. Il s’agit d’une écriture très poétique, flamboyante, qui traite de sujets noirs. En 1933, elle a beaucoup évolué. En 10 ans, Horváth est passé d’un univers de cauchemar à quelque chose d’encore pire : quelque chose de plus sourd, de plus vénéneux, de plus implacable, de plus insaisissable… Sous l’apparence d’un monde qui voudrait laisser la place à davantage d’espoir, on se rend finalement compte que la situation devient encore plus malsaine, et totalement désespérée.

« Ödön von Horváth est mort en 1938 : il n’a pas connu le pire, mais l’a clairement pressenti. »

Quel sens souhaitez-vous donner à la mise en présence de ces deux pièces au sein d’une même représentation ?

A. E. : Il m’a semblé intéressant de mettre en rapport ces deux textes afin de pouvoir éclairer la façon dont l’histoire d’une époque peut influencer l’écriture d’un auteur. Ödön von Horváth est mort en 1938 : il n’a pas connu le pire, mais l’a clairement pressenti. De 1923 à 1933, la crise politique et sociale de l’Allemagne s’est aggravée jusqu’au paroxysme. Les différences d’écriture dont j’ai parlé précédemment sont le reflet de cette aggravation. Et puis, lorsqu’on met ainsi en perspective deux pièces, on espère toujours qu’un surplus de sens surgira.                                                                                  

Faire le choix d’une même distribution pour les deux pièces, est-ce une façon de favoriser ce surgissement ?

A. E. : Oui. On va assister à des situations semblables, jouées par les mêmes acteurs : on devrait donc se demander pourquoi cette histoire recommence. J’espère que cette confrontation provoquera un trouble. Je vais multiplier les ponts et les liaisons entre les deux pièces, sur le mode de l’onirisme. Je ne souhaite pas aller vers un traitement esthétique trop marqué par cet onirisme, mais plutôt travailler par petites touches d’anormalité, faire naître un monde au sein duquel tout n’est pas exactement à sa place. Un monde qui ouvre sur une possibilité d’ailleurs. C’est du reste l’une des choses qui me plaît beaucoup dans l’œuvre de Horváth : cette forme d’ouverture sur un univers plus complexe, plus surprenant, plus riche qu’un univers qui serait soumis à une vision simplement marxiste de la société.

 

Entretien réalisé par Manuel Piolat Soleymat

A propos de l'événement

La Double mort de l’horloger
du Jeudi 17 octobre 2013 au Samedi 9 novembre 2013
Théâtre national de Chaillot
1 Place du Trocadéro, 75016 Paris.
Théâtre de Chaillot, 1 Place du Trocadéro, 75016 Paris. Du 17 octobre au 9 novembre à 20h30, dimanche à 15h30, relâche lundi.  Tél : 01 53 65 30 00. Durée : 2h.
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